Etre une femme, mon ami.

Tu es un homme et tu concèdes aisément que les femmes se font emmerder dans la rue. Tu crois encore que c’est le fait de braves gars pas bien méchants, ou alors tu as davantage conscience que c’est beaucoup plus lourd et dérangeant que ça.

Ce qui est plus difficile à te faire comprendre, c’est que quand on est une femme, on n’est jamais tranquille. Tu t’imagines que comme toi, je sors de chez moi, je passe la porte, je descends dans la rue et, si je ne tombe pas sur un gros lourd, je suis peinarde. Mais non, être une femme, ce n’est pas ça. La vérité, c’est que quand on est une femme, le sentiment de particularité que nous confère notre sexe ne nous quitte presque jamais. Et quand on est un homme, il n’y a aucun moyen d’expérimenter cela. Tu ne peux être, au mieux, que le témoin extérieur du sexisme. Et ce n’est pas comparable. Expérimenter intimement la féminité, c’est-à-dire 365 jours par an et 24/24h, jusqu’à ta mort, avoir une apparence de femme, vivre dans un corps féminin, c’est autre chose.

Toi, l’homme, parfois tu n’es pas à l’aise dans l’espace public, pour diverses raisons : parce que tu ressens de mauvaises ondes, que tu n’es pas en forme,  parce qu’à ce moment précis tu n’as pas armé pour affronter le monde extérieur, parce que tu es déprimé, parce que tu n’as pas confiance en toi, etc.. Mais être mal à l’aise du seul fait d’appartenir au sexe masculin, ne pas te sentir à ta place car tu es un homme, l’as-tu déjà ressenti ? Une femme peut-être mal à l’aise et ressentir une pression, comme toi, pour toutes les raisons sus-citées, mais en plus, il y a la pression, inévitable, de son sexe.

Une femme, dans l’espace public, SAIT qu’elle porte en permanence son sexe en vitrine, quand toi, homme, référent universel, es en toute circonstance un représentant neutre de l’espèce humaine. Cette idée là ne nous quitte qu’en de rares occasions, et surtout pas quand nous sommes seule, ou uniquement avec d’autres femmes. Ça n’a rien à voir avec la peur. Tu m’as dit un jour : « Tu es une des rares femmes que je connais à n’avoir pas peur de rentrer chez toi seule et ne pas psychoter dans la rue ». Effectivement, je n’ai pas peur, mais j’aurais dû, à ce moment, t’expliquer que c’est pas parce que je n’ai pas peur que mon esprit est au repos. Ce n’est pas parce que je n’ai pas peur que je ne me sens pas proie.

Je suis une femme et en tant que telle, je ne suis pas neutre. J’ai appris à vivre avec ce sentiment, même si ça ne me plait pas.  J’ai intériorisé le fait d’être considérée comme potentiellement disponible car j’ai posé le pied à l’extérieur de chez moi. Je mets en place des stratégies. Je suis une femme et j’anticipe, je change parfois de trottoir pour être tranquille. Je suis une femme, je sens les regards et je fais semblant de ne pas les voir. Ils me dérangent mais je ne peux pas les éviter, une fois que je les ai dépassés je sais qu’il y en aura peut-être d’autres un peu plus loin. Je suis une femme et je me déplace comme un animal aux aguets : même si je n’ai pas peur, je veille. Je suis une femme et je n’appartiens pas au deuxième sexe, mais au sexe tout court, car c’est lui qu’on voit quand je marche, et pas l’être que je suis. Je sais que même si je suis tranquille cette fois-ci, ce n’est que partie remise, car je suis une femme et tout le monde fait en sorte que j’en reste une : le vieux monsieur qui me soupèse des yeux ; le jeune lascar qui me fait une réflexion à moi-voix quand je le croise ; le serveur qui se croit gentil en me faisant un compliment sur mes « jolis yeux »; le groupe de mecs qui se retourne, plus ou moins discrètement, pour me regarder passer ; le type qui me traite de moche dans le tram parce que j’ai râlé quand il m’a poussée; celui qui tentera de me mettre la main aux fesses ou de me coller le plus possible; celui qui m’interpellera pour qu’on « discute ».

Je suis une femme et, en tant qu’être sexué, j’accepte, au même titre que toi, d’être un objet de désir et de convoitise. Mais je n’accepte pas que le désir vienne m’importuner et envahir mon espace vital quand je ne l’ai pas choisi. Je n’accepte pas qu’on m’impose un désir que je n’ai pas envie de recevoir. Je me fous de votre désir : gardez-le pour vous. Vous en êtes responsable, pas moi. Je suis une femme et les hommes pensent avoir le droit de commenter mon physique, et ce que j’aie l’heur de leur plaire ou pas. Si je suis belle je dois accepter les compliments sans broncher car ils sont censés me flatter, et quand je les rejette, je suis une ingrate ou une pétasse. Si je suis laide, je suis une indigne représentante de mon sexe, et on se réserve le droit de me le faire savoir. On m’a déjà dit que je devrais sourire et ne pas faire cette tête là, que je serais encore plus charmante si j’étais un peu plus bronzée. Mais je ne vous connais pas, je ne veux pas savoir ce que vous pensez de moi, je m’en contrefous. Je ne suis pas dans VOTRE espace, cet espace n’appartient à personne et vous n’en êtes ni les maîtres ni les gardiens. Vous n’avez pas à y valider ma venue ou mon passage. Je n’ai pas à être approuvée ou désapprouvée par vous. Je ne suis pas là pour décorer, je ne suis pas là pour qu’on m’appose une appréciation et qu’on m’évalue.

J’habite dans un quartier à forte population d’origine maghrébine. Quand je passe devant un bar ou un restaurant en soirée, seuls des hommes sont attablés, tournés vers la rue ; je suis tendue car je sens peser leurs regards, d’autant plus quand je suis en jupe et talons. Je te l’ai fait un jour remarquer, et tu m’as répondu qu’effectivement, pour une femme, ça ne devait pas être évident comme coin. Ton erreur fut de penser qu’une fois passées les tables, c’était fini. Ça n’est jamais fini, pour une femme. Et sache, toi, l’homme non immigré, l’homme non musulman, l’homme issu d’une culture soi-disant égalitaire, qui pense pouvoir tout rejeter sur l’autre, que dans ton coin, ce n’est pas différent. Ne crois pas pouvoir te dédouaner car je m’attable avec toi devant une bière. Ne crois surtout pas que tout ça est derrière nous, loin dans le passé. Tout est là, au contraire. Tu ne le vois pas, mais moi, je le sens. Toujours, partout.

Tu n’es pas sexiste et les injustices te révoltent. Mais cette inégalité là, c’est comme une fuite cachée derrière le mur : ça coule sans qu’on la voit et ça s’infiltre partout jusqu’à tout détremper. Cette inégalité, tu n’en saisis ni la complexité, ni la profondeur. Parce que tu t’imagines qu’être une femme, en gros, c’est la même chose que d’être un homme, en juste un peu différent. Mais mon ressenti, mon expérience, ne sera jamais la même que la tienne, même si j’ai le droit de vote, même j’ai le droit d’avorter, même si j’ai le droit de travailler, même si j’ai un salaire plus haut que le tiens, même si je peux mettre une minijupe et coucher avec qui j’ai envie. Tant que tu ne vivras pas dans un corps de femme, tu n’auras aucune idée de ce que c’est : compatir n’est pas pâtir. Tu dis que « les hommes aussi ont des problèmes ». Mais ce problème là, celui d’être le représentant d’un sexe avant d’être un humain, tu ne l’as foutrement pas, et tu ne sais même pas à quel point tu peux t’en réjouir.

Six mois de végétarisme : le bilan.

Voilà six mois que j’ai modifié de façon radicale mon alimentation, et j’ai pensé qu’il était temps de faire un bilan.

Comment j’ai procédé :

Pas de transition pour moi : une fois mon réfrigérateur et mes placards vidés de produits laitiers et carnés, je n’en ai pas rachetés. Je fais à présent attention à tout ce que je mets dans mon panier quand je fais mes courses et je lis scrupuleusement les étiquettes. Je bannis tout les aliments qui contiennent du lait et des oeufs et au final, je consomme beaucoup moins de produits industriels qu’auparavant (exit les brioches ou pains au lait du petit déjeuner) et c’est très bien comme ça. Physiquement, je n’éprouve aucune frustration, et même si c’était le cas, aller à l’encontre de mes convictions pour le plaisir égoïste de mon estomac ne m’intéresse pas. Plus de chocolat au lait, plus de bonbons tendres (à la gélatine de porc), plus de fromage blanc, qui me ravissaient auparavant le palais. Moralement, je ne me suis jamais sentie aussi bien et en accord avec moi-même. Je cuisine végétalien à la maison, j’ai appris l’art de la substitution alimentaire – TOUT se remplace – et je ne fais aucune concession.

Vraiment aucune ?

En fait, si. A l’extérieur de chez moi. C’est pour ça que je tiens au terme « végétarienne » (ce que je suis, hélas) et que je n’utilise pas « végétalienne » (ce vers quoi je tends). Manger au restaurant est parfois compliqué, par exemple.  Je me retrouve souvent à négocier pour enlever ou remplacer tel élément du plat. Parfois, la carte ne propose simplement rien de végétalien. Les serveurs sont en général très fiers de m’annoncer qu’ils ont une pizza végétarienne – avec de la mozzarella, évidemment. De manière générale, expliquer dans un restaurant français qu’on ne mange ni viande, ni poisson, ni oeufs, ni produits laitiers revient à créer la panique ou se faire regarder comme une créature de l’espace. A la question « Mais tu  manges quoi, alors? », je réponds systématiquement « Tout le reste ! » avec un grand sourire mode pub-pour-dentifrice-ultrabright, qui fait taire à chaque fois l’insurgé – lequel cogite sans doute à ce que peut bien être ce mystérieux reste.

Et socialement?

Venant de collègues, connaissances, ou amis d’amis, j’ai eu droit à peu près à tout les arguments qui n’en sont pas qu’on oppose aux végétariens/liens, en têtes desquels les fameux « Mais tout de même, c’est naturel de manger de la viande, de tout temps l’homme en a mangé » (l’usage de l’expression « de tout temps » me donne déjà à la base envie de distribuer une série de baffes, mais qui plus est, c’est totalement faux) et autres « Et la pomme de terre aussi a mal quand tu la fais cuire » (bien connu sous l’argument du « cri de la carotte »). J’ai également trouvé des oreilles attentives en la personne de collègues n’ayant pas le même régime alimentaire que moi mais s’accordant pour reconnaître le végétalisme comme un mode de vie davantage rationnel que l’omnivorisme. Ma petite question préférée est pour l’instant un « Tu es toujours végétarienne? », posé quinze jours après que j’ai annoncé ne plus manger d’animal (« Oh ben non, tiens, file-moi un bout de veau pané »).

A part ça, je ne sais pas si tous les végétariens ont vécu la même chose, mais j’ai parfois l’impression d’être un perroquet :  j’explique et réexplique sans fin à mes proches que je tente de devenir végétalienne et que NON, je ne mange « même pas un peu de jambon ». J’ai déjà lu des témoignages de végétariens qui avaient du mal à faire face aux regards et qui avaient parfois honte de ne pas manger comme tout le monde, aux repas entre amis, ou en soirée, par exemple. Ce n’est pas un problème pour moi, car je me fiche éperdument de ce qu’on va penser. S’il y a de la chair animale (pléonasme), je la refuse et ne mange que la garniture, au risque de paraître impolie. C’est en revanche beaucoup plus compliqué avec mon entourage proche, que je dois toujours rappeler à l’ordre (j’ai pensé à me faire greffer un drapeau « je suis végétarienne » sur la tête). Deux raisons principales sont en cause : le militantisme qui sommeille chez certains omnivores convaincus, et le manque d’habitude des autres vis-à-vis d’une alimentation exempte de produits animaux.

Ma mère est championne dans la première catégorie. A intervalles réguliers, elle essaie de me faire revenir à la « raison » à coup de « Tu sais, j’ai lu un article qui disait que quand on ne mange pas de viande/produits laitiers/enfants vivants, on risque d’avoir des carences en vitamine Z/ de chopper le cancer de l’oreille droite/de voir ses ongles du gros orteil tomber » ou « Tes cousines sont comme toi, elles ne veulent plus manger de viande, eh bien Machin-leur-père-qui-est-médecin n’est pas d’accord, il dit que ce n’est pas bon du tout ». Je rétroque donc que l’avis d’un médecin (formaté qui plus est par l’université de médecine, au sein de laquelle on apprend que la viande est indispensable) ne fait pas figure de table de la loi en matière de nutrition, et que tel papier publié dans tel magazine à la mord-moi-le-noeud non plus. Sinon, il faut aussi savoir que quand on est végétarien, on ne peut pas être malade, fatigué ou pas en forme à cause d’un virus, du manque de sommeil ou du changement de saison : non, si on est malade ou raplapla, la raison en est TOUJOURS notre mode d’alimentation qui nous carence.

La non acquisition d’automatisme végétaliens, qui découle d’un manque de réflexion ou d’information en la matière, est également vicieux : si plus personne ne songe à m’offrir un bloc de foie gras, on pense par exemple me faire plaisir en m’offrant des biscuits « pur beurre » achetés lors d’une escapade en Normandie. J’ai pris le parti d’accepter un tel cadeau s’il provient d’une personne pas totalement au fait de mes convictions, tout en lui rappelant que je ne mange pas de beurre et en expliquant ce que je pense de l’exploitation animale. En revanche, je vais finir par sérieusement m’énerver contre les très proches qui omettent de réfléchir,  me rapportent un produit suspect et m’affirment en levant les yeux au ciel qu’on a le droit de faire une exception de temps en temps. Ben oui, moi je suis contre la peine de mort, mais bon, guillotiner quelqu’un de temps en temps, après tout, pourquoi pas, hum?

Forte de six mois de recul, je pense que pour devenir végétar/lien, il faut absolument être doté de nerfs solides et d’une pédagogie à toute épreuve – surtout quand votre propre mère, à qui vous confiez qu’il est extrèmement difficile d’être végétalien en France, vous assène un tonitruant  » Eh oui, tu ne peux pas ! ». Mais si, maman, on peut, je t’assure.

Touche pas à leur pute : quand les 343 auraient mieux fait de se taire.

Je rentrais, bien contente, d’une petit échappé en terre espagnole, repue de paella et les cheveux pleins d’embruns de la Costa Brava, quand, en jetant un coup d’oeil aux réseaux sociaux, je suis tombée sur le dernier fait d’arme de Beigbeder, Zemmour et autres (vrais) mâles du même acabit (il y a dans le tas le légitime de Frigide Barjot, ça laisse rêveur tout de même) : le manifeste des 343 salauds pour qu’on ne touche pas à « leur » pute. Autant te dire que j’ai fait des bonds jusqu’au plafond, couru vingt fois d’un bout à l’autre de l’appart pour me calmer les nerfs et manqué aller foutre le feu aux poubelles dans la rue.

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Je passe sur l’insulte faite par ces minables aux 343 femmes courageuses qui défendaient le droit à l’avortement quand celui-ci était interdit, alors qu’eux ne risquent strictement rien. Pour l’instant, seul le nom d’une petite vingtaine des 343 est public. On a tout de même du mal à croire que plus de 320 autres mous du bulbe aient apposé leur signature au bas de ce torchon qui appelle à la « liberté » pour les putes et les clients. Ben oui, parce que les putes et les clients, même combat évidemment, même amour du sexe libre mutuellement consenti avec appétit contre l’échange de quelques billets. L’ironie de la chose, c’est que ce pitoyable manifeste soulève un tollé de tous les côté : chez ceux qui n’avaient pas vraiment d’avis sur la question comme dans le camp des abolitionnistes et au sein du STRASS.  Ainsi, Morgane Merteuil écrivait hier :

« Abjecte, votre refus de reconnaître vos privilèges, et votre discours anti-féministe qui voudrait nous faire croire que vous êtes les pauvres victimes des progrès féministes : alors que vous défendez votre liberté à nous baiser, nous en sommes à défendre notre droit à ne pas crever. La pénalisation des clients, en ce qu’elles condamne de nombreuses femmes à toujours plus de clandestinité, n’est certainement pas un progrès féministe, et c’est à ce titre qu’en tant que putes nous nous y opposons. Car c’est bien nous putes, qui sommes stigmatisées et insultées au quotidien parce que vendre des services sexuels n’est pas considéré comme une manière « digne » de survivre. Nous, putes, qui subissons chaque jour les effets de la répression. Nous, putes, qui prenons des risques pour notre vie, en tant que clandestines dans cette société qui ne pense qu’à nous abolir. Alors n’inversez pas les rôles, et cessez donc de vous poser en victime, quand votre possibilité d’être clients n’est qu’une preuve du pouvoir économique et symbolique dont vous disposez dans cette société patriarcale et capitaliste. » 

Mais il ne faut pas s’énerver, Morgane. L’appel des 343 serait, paraît-il de l’humour. C’est vrai que c’est très drôle : les dominants ultimes de notre société (ils sont hommes, blanc, cisgenres, hétérosexuels, riches et médiatiques) en train de militer pour défendre LEUR liberté sexuelle, LEUR « désir », LEUR « plaisir ». Désopilant, non? Avec dans le texte des perles en veux-tu en voilà, en premier lieu l’amalgame entre la position abolitionniste et le puritanisme moralisateur. Parce qu’évidemment, pour eux, le gouvernement défend l’abolition de la prostitution parce qu’il n’a que ça à foutre que de s’insérer dans les histoires de fesses de la populace. Il faudrait sans doute leur expliquer que la bien-pensance et l’éthique ne sont pas la même chose. Ils défendent également « le droit de chacun à vendre ses charmes » (mettons) mais rajoutent « et d’aimer ça ». Bien sûr. Parce que les putes AIMENT se prostituer, c’est bien connu. De là à dire qu’avoir un rapport sexuel tarifé avec eux, c’est du pur plaisir, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi. Les 343 crétins voudraient nous faire croire que les prostituées adoooorent coucher avec leurs clients – c’est à se demander pourquoi on les paie, d’ailleurs. C’est quand même savoureux d’essayer de faire passer la prostitution pour une activité glamour et fun quand ce qui les intéresse manifestement (sans jeu de mot) est que les hommes puissent librement disposer d’un corps quand bon leur semble, point barre, parce que faut pas déconner, c’est quand même leur droit inaliénable de mâles. Certains d’entre eux, d’ailleurs, n’ont jamais fait appel aux services d’une prostituée : certainement, la simple hypothèse qu’il n’y ait plus de corps de femmes à disposition contre rémunération dans notre société les froisse terriblement – quand j’y pense, ça me froisse aussi : où va le monde? Mais bon, heureusement qu’ils fustigent le sexe sans consentement et la traite des êtres humains. Ouf, on a eu chaud. C’est qu’ils sont gentlemen, en fait !

Il y a peut-être pire que les 343 : Elisabeth Lévy, directrice de la réaction de Causeur, le rouleau de PQ magazine qui leur tient lieu de tribune. Pire, parce qu’en soi, que les privilégiés défendent leurs privilèges n’est guère surprenant. Mais quand une femme jubile à l’idée « d’emmerder les féministes », mes vannes à mépris s’ouvrent encore plus grand. Vous avez raison, Madame Lévy, emmerdez avec votre ami Frédéric les féministes, ces coincées du cul qui font partie du grand club des « peine-à-jouir » (sic) de la gauche. Et puisque vous les emmerdez si bien, je propose qu’on vous retire tous les droits qu’elles ont obtenus par la lutte et dont vous profitez chaque jour : vos droits juridiques vous seront donc retirés au profit de votre mari, à qui vous devrez obéissance. Vous ne pourrez plus voter, ni ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de Monsieur votre époux. Vous serez payée moins que vos homologues masculins – d’ailleurs, non, vous ne travaillerez même plus, puisque votre rôle est d’être à la maison à vous occuper de vos huit gosses, que vous aurez eu suite à l’arrêt de votre pilule contraceptive (pas de contraception pour vous, et pas d’IVG non plus, évidemment, c’est un crime contre l’Etat). Ne venez pas vous plaindre si vous êtes victime de violence conjugale : ça n’existe pas, votre mari à tous les droits. Vos diplômes. Quels diplômes? Les femmes ne vont pas à l’université, quelle drôle d’idée. Puisque vous emmerdez les féministes, elle peuvent bien vous emmerder aussi un peu, non? La grande bonne nouvelle de tout ça, c’est que votre torchon de magazine disparaîtra peut-être avec vos droits.

L’argument que vous avancez pour justifier cette bonne blague de manifeste des 343, c’est que « le désir masculin n’est pas répréhensible en soi ». Mais qu’elles sont connes ces féministes : en plus de manquer d’humour et de ne s’intéresser « qu’au partage des tâches ménagères » (vous prouvez par cette affirmation votre grande connaissance du féminisme), elle pensent qu’il faut réprimer le désir masculin. Leur lutte pour l’égalité des droits entre hommes et femmes, contre la violence, l’oppression, les injonctions sociales aliénantes pour les deux sexes, est une couverture pour dissimuler leur but réel : castrer les pauvres hommes, leur couper les parties, les vider de leur testostérone. Oui, c’est contre l’abject, vicieux et sale désir masculin qu’elles luttent. Mais vous, Elisabeth, vous défendez le droit des hommes à se décharger les burnes contre monnaie sonnante et vous méprisez à raison les féministes pour leurs luttes idiotes. Vous menez ce noble combat qui défend la « cause des hommes » – parce qu’un homme, ça va aux putes, ça en a le droit, et ce droit, il est urgent de le réaffirmer contre une position qui menace leur liberté fondamentale et leur dignité d’être humain.

Comment vous expliquer ? Si pour vous « désir masculin », « cause des hommes » et « achat d’un acte sexuel tarifé » sont une seule et même chose, laisse-moi vous dire qu’il vous manque une case. Si le désir masculin n’est pas répréhensible en soi (heureusement), il est encore heureux qu’il y ait des personnes avec davantage de jugeote que vous pour interroger les limites et le droit de ce désir à être satisfait, quand il implique l’exploitation du corps d’un autre être humain, de la misère et/ou le cautionnement de réseaux mafieux, la perpétuation de rapports de domination et de pouvoir. Mais si vous préférez rire de tout ça, libre à vous, après tout  : rira bien qui rira le dernier, et vous regretterez peut-être un jour de vous être vautrée dans la fange avec les signataires de ce lamentable manifeste, surtout quand vous aurez jeté un coup d’oeil sur ce que sont certains clients de prostituées (on plaindrait presque ceux qui sont terriblement désappointés car la fille ne prend aucun plaisir avec eux, dites donc). Ou simplement quand vous aurez réfléchi un peu.

La video du jour : « No Woman, No Drive ».

La video d’Hisham Fageeh, comédien saoudien diplômé de l’université de Columbia (Etats-Unis), a fait le buzz et dépassé les 5 millions et demi de vues sur Youtube. Il s’agit d’une parodie très drôle et très habile de « No Woman, No Cry » de Bob Marley, visant à dénoncer l’interdiction faite à ses compatriotes femmes, par les autorités ultra conservatrices de son pays, de conduire un véhicule.

Postée sur le net le 26 octobre, elle fait écho au « jour de conduite » programmé par les militantes saoudiennes revendiquant leur droit à prendre le volant et, au-delà, à être actrices de leur destin. Sous la menace des autorités, beaucoup ont cependant renoncé à prendre part à cette journée (une deuxième serait programmée pour le 31 novembre). En Arabie saoudite, les femmes sont placées toute leur vie durant sous la tutelle d’un homme (père, frère, mari), et doivent obtenir l’aval de celui-ci pour travailler ou se déplacer. Mais, même dans ce pays qui se réclame de la loi islamique la plus stricte*, certaines trouvent le moyen de revendiquer leurs droits.

* Ne connaissant pas grand chose au sujet, malgré le Coran qui trône dans ma bibliothèque, j’ai effectué quelques recherches. La seule sourate du Coran mentionnant le conditionnement des femmes à l’intérieur de la maison est la sourate 33 (verset 28 à 33), notamment le passage suivant : « Ô femmes du Prophète (…) restez avec dignité dans vos foyer », sujet à de multiples interprétations. Selon l’exégèse d’Ibn Kathir, cela signifie que les femmes doivent sortir de chez elles uniquement quand cela est nécessaire et justifié (aller à la Mosquée, rendre visite à leurs parents, interroger les détenteurs, du savoir, etc.).

Les animaux ne souffrent pas à l’abattoir : une chronique édifiante.

En faisant quelques recherches sur le végétalisme, je suis tombée sur une chronique d’un abonné du Monde, vétérinaire retraité de son état, datée de 2011. Je n’ai pas pu résister à vous la faire partager tant les bras m’en sont tombés.

« On a le droit de ne pas vouloir manger de viande, et d’essayer de convaincre ses semblables d’en faire autant. Un certain nombre d’arguments ne résistent cependant pas à une réflexion sérieuse. »

Ne pas manger de viande, ce n’est pas sérieux. Ça commence bien.

« Le premier concerne la souffrance des animaux d’abattoir. Au cours de ma carrière professionnelle de vétérinaire, j’effectuais, à côté de mon activité libérale, des vacations comme vétérinaire-inspecteur en abattoir. Cela consiste à contrôler l’hygiène de l’établissement, la salubrité des viandes livrées à la consommation, et aussi, j’y étais très attaché, à protéger les animaux contre toute souffrance. En presque trente ans, je n’ai eu à intervenir que deux fois dans ce dernier domaine, la dernière fois il y a plus de quinze ans. »

En quinze ans, deux interventions seulement pour protéger les animaux contre la souffrance (physique) à l’abattoir. Il faudra déjà m’expliquer comment quantifie-t-on la souffrance d’un animal et à quel moment les Hommes (qui ne sont pas l’animal) décident pour ce dernier si, à un moment, il souffre. Par ailleurs, il n’est question ici ni de la souffrance psychologique, ni de la souffrance engendrée par les conditions d’élevage. Qu’on se le dise, une vache laitière qui a été inséminée des dizaines de fois, qui a mis bas autant de fois, à qui on a enlevé son veau autant de fois, dont on a tiré le lait sans répit durant plusieurs années pendant qu’elle se tenait sans bouger dans un box et qui finit en steak à l’âge de quatre ou cinq ans quand son corps est épuisé et qu’elle est devenue non rentable, HEUREUSEMENT, ne souffre pas à l’abattoir. Même chose pour le porc elevé sur plancher qui n’a jamais vu la lumière du jour, ou pour la poule elevée dans de minuscules cages. Et bien,  je suis convaincue, dès demain je me remets à manger de la viande !

« Le spectacle d’une salle d’abattage n’est certes pas réjouissant: on assomme, on donne la mort, les sangs coulent à flots, mais je vous garantis qu’on n’entend pas un cri. »
Ah, nous y voilà : on décide que l’animal ne souffre pas car il ne crie pas. C’est bien connu, la preuve tangible de la souffrance, c’est le cri. La preuve que les poissons ne souffrent pas quand un hameçon les transperce ou qu’ils agonisent hors de l’eau, d’ailleurs, c’est qu’ils ne crient pas. J’en déduis que quelqu’un qui est violé ou battu à mort et qui ne crie pas ne souffre pas non plus. Les êtres vivants tétanisés par la peur ne souffrent pas quand on les blesse, pour preuve, ils n’ouvrent pas la bouche. On peut assommer, abattre, faire jaillir le sang, mais tant que tout ça est fait dans le silence, il n’y a aucun problème.
« J’ose même dire que la mort à l’abattoir est la seule qui survienne sans souffrance : les animaux de compagnie que l’on euthanasie certes ne souffrent pas dans leurs derniers instants, mais ce sont des malades en fin de vie sur lesquels on a légitimement tenté des traitements avant de se résigner à l’irréversible. »
On tue les animaux sans souffrance.
On tue les animaux sans souffrance.
ON TUE LES ANIMAUX SANS SOUFFRANCE !!!!
Là, je suis tellement aterrée que je poste simplement cette video d’abattage de bovins, en France, effecté selon « les règles de l’art ». Les animaux qu’on y voit ne souffrent pas. On les fait attendre dans des couloirs avant de les mettre à mort, on les pend par les pattes, on leur tranche la gorge, ils se vident de leur sang, mais ils ne souffrent pas. Le boeuf sonné qui convulse à 5″39,  qui tente ensuite de se dégager du lien qui lui entoure la patte, dont la langue pend en dehors de la bouche, ne souffre pas non plus, j’imagine qu’il effectue un petit pas de twist.

« Un deuxième argument voudrait qu’au-delà de ce problème de souffrance, on considère que le seul fait de tuer un animal pour s’en nourrir serait immoral parce que toute vie est sacrée. Et qu’en plus nourrir tous ces animaux est écologiquement très coûteux. »

Le « sacré » n’a rien à voir là-dedans, on peut trouver immoral de tuer un être vivant non pas parce que la vie est « sacrée », mais parce que la vie est vie, simplement. Par ailleurs, qu’ on refuse de tuer des Hommes par morale, c’est normal, mais dès lors qu’on refuserait de tuer un animal pour la même raison, on serait un illuminé. La morale, étrangement, s’arrête aux frontières de l’humanité. Personne, tout aussi étrangement, n’a jamais été capable d’expliquer pourquoi.

« Les défenseurs de cette thèse admettent néanmoins que l’on complète son alimentation par des produits lactés et des œufs. »

Parce que vous connaissez TOUS les défenseurs de cette thèse? Nous sommes nombreux à ne pas admettre non plus qu’on se nourrisse d’oeufs et de lait.

« Alors ceci : pour faire du lait, et pour renouveler un cheptel, il faut bien qu’une vache (ou une chèvre, ou une brebis) accouche de temps en temps. De femelles, mais aussi de mâles. Or ces mâles sont à 95 % des bouches inutiles dans un troupeau : qu’en fait-on ? On les laisse vivre et on les nourrit, avec les femelles en fin de carrière (mais pas mortes pour autant) en multipliant par plus de deux la consommation de fourrage et l’impact sur l’environnement ? Pour info, ça vit longtemps, un taureau ! Idem pour les œufs : la moitié des poussins donnent des coqs, et un coq aussi, ça vit longtemps ! On voit bien que la seule façon d’échapper à cette situation absurde serait alors le végétarisme pur et dur : le végétalisme. »

Nous voilà dans un scénario de fiction dans lequel on élèverait des animaux non plus pour leur viande, mais seulement pour leur lait ou leurs oeufs – un scénario horrible où on serait obligé de nourrir des animaux vivants qui ne servent à rien, ce qui aurait un impact absolument terrible sur l’environnement. Je suis tout de même presque amusée de constater que détruire l’environnement pour élever des animaux qu’on va abattre (donc, qui nous seront utiles) comme c’est le cas actuellement, est moins dramatique apparement que de détruire l’environnement pour entretenir des animaux que nous aurions fait naître, dans le seul but (inutile) de les garder vivants. C’est vrai que ce serait un comble de pourrir la planète pour laisser vivre des êtres qu’on a fait naître, tout de même ! Quitte à pourrir l’environnement, au moins, que ce soit pour remplir nos petits estomacs. Si ce n’est pas de l’anthropocentrisme, je ne sais pas ce que c’est …

Mieux vaut donc continuer à abattre les animaux, car sinon, nous serions forcés de tous devenir végétaliens ! Et oui, le végétalisme (horreur) est la seule issue à ce scénario absurde : ne pas manger de viande ne suffit en effet pas, il ne faut pas consommer de produits animaux du tout – ou comment l’auteur a inventé l’eau chaude. Il est évident que pour stopper l’exploitation animale et supprimer l’empreinte écologique de l’élevage, il faut cesser totalement de consommer des produits animaux, lait et oeufs compris. En revanche, la mauvaise foi de l’auteur réside dans le fait de souligner l’absurdité d’élever des animaux simplement pour leur lait et non leur viande : nourrir les bouches « inutiles » (les mâles) des élevages serait-il, en soi, réellement plus absurde que de perpétuer les mises à mort animales actuelles? La surpopulation animale (qui incomberait alors à l’Homme) semble être inadmissible, et l’holocauste organisé lui serait largement préférable. Par ailleurs, nous, humains, ne sommes-nous pas tous des bouches inutiles (notre lait ne sert même pas aux autres êtres vivants), qui donnons naissance à des enfants en toute conscience et pourrissons la planète en toute conscience également? Ça vit longtemps aussi, un Homme, et contrairement à un taureau, ça produit des déchets non compostables, ça déforeste…

Au lieu donc de fustiger à coup de scénarios fictifs les végétariens, qui ont au moins le mérite à leur petite échelle de faire diminuer la consommation globale de viande (laquelle a un impact positif sur l’environnement) et de penser à la souffrance animale (certes de façon incomplète et limitée – mais peut-être sont-ils simplement mal renseignés), je conseille à l’auteur de regarder dans son assiette d’omnivore militant, qui cautionne un système encore plus absurde que celui qu’il dénonce, engendrant à la fois pollution ET souffrance animale.

« On m’enseignait jadis que le meilleur moyen de respecter les animaux d’élevage était de leur offrir des conditions de vie aussi proches que possible de celles qui leur sont naturelles. »

Je ne sais qui est ce « on » qui enseignait de telles inepties, mais un animal d’élevage a été crée par et pour l’Homme, et je ne vois pas où sont les conditions de vies « naturelles » là-dedans. La meilleure façon de respecter les animaux, c’est de ne pas en faire des animaux d’élevage, de cesser de faire naître des êtres vivants pour notre bon plaisir, et de les laisser vivre. Respecter le vivant, c’est le laisser en vie et le protéger quand on a les moyens de le faire, et l’Homme (celui des pays développés du moins) a les moyens de le faire.

« Cela devrait valoir aussi pour les animaux que nous sommes. Qu’on le veuille ou non, nous sommes des omnivores : la preuve en est que par-delà des comportements individuels… les populations qui voient leur niveau de vie s’améliorer augmentent immédiatement leur consommation de viande. Et en tant qu’omnivores, nous avons droit nous aussi à ce que l’on respecte ce que nous sommes. »

Arguments fallacieux et totalement édifiants, avec pour base la fameuse convocation de la « nature » humaine intangible.

« Qu’on le veuille ou non, nous sommes des omnivores » :  amis végétaliens, j’ai le regret de vous annoncer que malgré vos efforts pour ne plus manger de produits animaux et votre volonté féroce de ne plus être omnivores, vous l’êtes tout de même. Désolée, vraiment, on ne peut pas lutter contre sa nature, et toute votre éthique ne suffira pas à faire de vous des mangeurs de végétaux : vous êtes OMNIVORES, on vous dit, c’est dans le gènes, et ne pas être omnivore, c’est brimer la nature profonde de l’Homme qui est en vous. La preuve de tout ça, c’est que quand une population s’enrichit, elle mange davantage de viande.

M. Bretin, pour votre gouverne, l’Homme, comme nous le prouve son anatomie (la longueur de son intestin, sa machoire et la forme de ses dents, par exemple) est physiologiquement un frugivore. L’abus de viande, comme vous le savez, est à l’origine de maladies mortelles, alors que l’abus de végétaux nous collera au pire de bons gros maux de ventre. Et quand bien même l’Homme mangerait « naturellement » de la viande, dois-je vous rappeler que dans la mesure où 1/ nous sommes des êtres de culture, et où 2/ nous pouvons nous passer de viande en absorbant via d’autres aliments les nutriments qu’elle nous apporte, pourquoi devrait-on, sous prétexte d’une « nature » (non avérée), continuer à en manger quand  toutes les études sérieuses prouvent qu’avec l’élevage intensif, nous courons à la catastrophe écologique? C’est bien beau de défendre un élevage raisonné, mais si chacun à travers le monde souhaitait manger de la viande comme vous le faites (je vous rappelle que nous sommes plus de 7 milliards sur terre), pensez-vous réellement que nous parviendrions à échapper à un élevage industriel dans lequel les animaux ne sont que des machines? Soyons sérieux.

Sinon, j’ai moi aussi j’ai une preuve indiscutable : quand une population s’enrichit, elle consomme davantage d’iPhone, d’ordinateurs, de voitures. Par nature, l’Homme est donc fait pour consommer des nouvelles technologies. Ça vous semble idiot? Ça l’est, tout autant que l’argument de l’auteur. C’est parce que la viande est une denrée chère et quelle est vue comme l’apanage des riches que les populations qui s’enrichissent en consomment davantage, et pas parce qu’elles comblent alors un besoin « naturel » et « primaire », que leur statut d’anciens pauvres ne pouvait satisfaire. Si demain la viande était accessible à tous et que les légumes devenaient un luxe, on verrait les populations enrichies augmenter leur consommation de haricots verts et de carottes. L’alimentation répond aux même règles que les autres denrées consommables : plus on s’enrichit, plus on consomme ce qui est considéré comme luxueux. Le rapport entre richesse et consommation de viande comme preuve de la nature omnivore de l’Homme est ridicule, et le postulat selon lequel les comportements collectifs de l’Homme sont imputables à sa nature plutôt qu’à des aspects culturels partagés l’est tout autant.

Par ailleurs, on apprend dans ce passage que l’Homme est un animal. J’en déduis qu’on peut donc l’élever et l’abattre (sans souffrance) sans que cela soit immoral, hein, M. Bretin?

« Non, il n’est pas immoral de manger de la viande. Non plus, il n’est pas inhumain d’élever et d’abattre des animaux pour s’en nourrir. »

Pour de nombreuses personnes, il est immoral de manger de la viande et inhumain d’élever des animaux pour les abattre et s’en nourrir. Qui êtes-vous pour dicter une morale humaine globale ?

À condition de respecter l’animal du début à la fin de sa vie.

Elever un animal dans de bonnes conditions pour l’abattre à la fin, c’est le respecter. CQFD.

Et là, je le concède, il y a souvent des progrès à faire.

Rhooo,  voyons, si peu, vous exagérez !

Les femmes sont des connes. Surtout les féministes.

NB : j’ai reçu et continue de recevoir pour cet article un nombre de commentaires parfaitement édifiants de femmes outrées croyant avoir à faire à un blog mascu, et de mascu croyant avoir trouvé un héraut de leur pathétique cause. Je suis bien désolée d’avoir à préciser ce qui suit : « Les gens, vous êtes sur un blog féministe, ceci est un article IRONIQUE dénonçant le discours des masculinistes ». Allez, de rien, et bisous hein – mais de grâce, réfléchissez deux secondes avant de sauter sur votre clavier, c’est désolant d’avoir à brandir la pancarte « second degré inside ». Vous ne seriez pas du genre à prendre au premier degré les articles du gorafi , par hasard  ? Des câlins à ceux qui ont compris, merci à eux. ❤

Les femmes, ces connes, croient qu’elles sont dominées, alors que dans nos sociétés elles ont tous les pouvoirs : elles ont le choix dans les magasins; elles ont l’avantage sur nous en matière de séduction et elles l’utilisent pour nous manipuler et se faire entretenir ; elles arrivent même parfois à nous faire payer pour baiser, rendez-vous compte à quel point elles sont puissantes. Elles ont le droit de coucher avec qui elles veulent et de le crier sur les toits sans être considérées comme des salopes, sont payées autant que nous, elles font même de la politique sans qu’on mentionne à chaque fois la couleur de leurs escarpins ou qu’on les siffle quand elles portent une robe dans l’hémicycle, qu’est-ce qu’elles veulent de plus?

Et bien elles veulent nous castrer, parce que ça ne leur suffit pas d’avoir instauré un matriarcat. Alors en plus d’être femmes, elles deviennent féministes. Les féministes, ce sont les pires.

Les féministes sont mal baisées, elle sont d’ailleurs devenues féministes parce qu’elle n’ont jamais reçu un bon coup de trique. Elles haïssent les hommes (parce que pas un seul n’a daigné les baiser, évidemment). Elles sont mal baisées parce qu’elles sont moches, poilues (l’épilation c’est mal), grosses (grosses et moches, c’est un pléonasme d’ailleurs) ou plates comme des planches à pain (une femme sans seins, c’est pas une femme).

Les féministes sont vraiment connes, car elles se trompent de combat. Elles s’insurgent comme quoi elles seraient des objets, mais attend, moi aussi je voudrais bien être un objet de désir, me voir à poil sur les affiches avec un air de gros cochon, me faire harceler dans la rue, me faire mettre la main au cul par ma patronne, me faire appeler par mon prénom d’un air condescendant quand je dois lui donner du « madame »; me faire prendre pour un bout de viande et qu’on me renvoie tous les jours à la gueule que je suis une bite sur pattes. Etre violé, même, j’aimerais, ça prouverait que je suis désirable. Vraiment, je ne demande que ça. Ça et ne pas me faire embaucher parce que je risque de tomber enceinte. Parce que déjà, elles peuvent tomber enceintes, c’est un privilège, et encore elles se plaignent, ces imbéciles, comme si on pouvait avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière.

Elles voient pas qu’il y a des combats plus urgents? Elles voient pas que dans d’autres pays il y a la charia? Hein? Moi d’ailleurs pour les victimes de la charia je… Ah ben non je fais rien, en fait, je me bouge pas le cul. Mais bon, c’est bien de leur rappeler qu’il y a plus mal loties qu’elles, tu vois, parce que ça les fait culpabiliser et puis elles commencent à nous emmerder avec leurs revendications. Elles ne trouvent rien de mieux à faire que montrer leurs seins (celles qui en ont, merde, je viens de dire qu’elles n’en avaient pas, sauf les grosses ; mais y’a des FEMEN qui sont pas grosses et drôlement bien gaulées quand même, pas grave, je continue ma démonstration ni vu ni connu), ce qui est parfaitement antiféministe, car tout le monde sait bien que les seins n’ont qu’une seule utilité : se faire mater par les mecs (ou les lesbiennes, comme Simone de Beauvoir).

Parlons-en des lesbiennes d’ailleurs. Celles-là, elles n’ont jamais goûté non plus à un bon coup de trique, sinon elles ne seraient pas lesbienne. Et puis du sexe sans pénétration, c’est du sexe incomplet. La preuve, c’est que plein de lesbiennes utilisent des godes. CQFD. Si elles étaient un peu moins connes, elles préfèreraient les mecs avec une vraie bite. Enfin les hétéros, hein, parce que les pédés, ils ont une bite mais quand tu vois où ils la mettent… C’est dégueulasse, je veux même pas y penser. Pas que j’aime pas la sodo, hein, j’adore, mais quand même dans un cul de femme, c’est plus normal, c’est fait pour ça. Pourquoi? Ben parce que c’est comme ça, c’est tout, c’est la nature, la biologie, t’as pas fini de m’emmerder avec tes questions?

Puis pour nous les hommes, c’est dur. On souffre. On est obligés de se raser tous les matins. Puis on doit toujours se montrer fort, c’est épuisant. On doit aussi être riche, parce que sinon les femmes ne nous jettent pas un regard. Si tu ne peux pas leur apporter la sécurité financière, elles te snobent ces grognasses, parce qu’elles pensent qu’elles sont faibles et qu’on doit leur offrir des bagues en diamant et des fleurs à la St Valentin. Elles sont toutes comme ça. Et si on doit répondre à toutes ces injonctions débiles, c’est uniquement à cause des femmes. Parce que la société, ce sont les femmes qui la dirigent; les règles sociales, ce sont les femmes qui les ont créées. Rien que pour nous emmerder, depuis des millénaires. Si elles avaient dû mourir à la guerre au lieu des rester au chaud à la maison à faire la popote, sans bosser, tu verrais qu’elles feraient moins les fières. Mais elles ont toujours été du bon côté de la barrière, elle en ont rien à foutre.

Le seul pouvoir qu’on a, c’est la garde des enfants, parce que la justice est sexiste – et pour une fois le pompon c’est pour bibi. C’est parfois un peu difficile parce qu’il y en a qui se barrent sans reconnaitre les mômes; elles sont peu nombreuses à payer la pension alimentaire et on bosse souvent à mi-temps, aussi, mais on se débrouille quand même. Heureusement on leur fait tous des coups bas, on les dépouille alors qu’elles sont déjà à sec, on leur interdit de voir les gosses. Pas qu’elles soient toutes violentes avec les gamins et avec nous, non, il y en a qui n’ont rien fait du tout, qui sont de bonne mères, même. Mais on aime bien leur en faire baver, alors comme on a la justice patriarcale de notre côté, on les fait chier jusqu’au bout. On fait tous ça. Absolument TOUS, juste parce qu’on est des hommes. Et ce que veulent les hommes, sans exception, c’est nuire aux femmes.

Je vais te dire, je les déteste, on serait beaucoup mieux sans elles. A part pour baiser, je sais pas trop comment on ferait. On irait aux putes, remarque, ce ne sont pas des femmes, elles. Et surtout pas des féministes : elles aiment trop écarter les jambes pour ça.

Signé : un homme, un mascu, un vrai

Pourquoi je suis (dans l’idéal) abolitionniste.

Je suis, dans l’idéal, abolitionniste. Je suis donc pour l’abolition de toute forme de prostitution, qu’elle soit subie (c’est la majorité des cas) ou « choisie » (mettons-nous d’accord, dans la majorité des cas il s’agit d’un choix économique. Pour un témoignage à propos de la prostitution « choisie », je vous renvoie par exemple chez Mélange Instable).

Je me demande encore comment un être humain peut avoir ne serait-ce que l’idée d’acheter (ou plutôt louer, pour le coup) le corps et le sexe d’un autre. Certains avancent l’argument suivant : « Dans ce cas, interdisons le travail de caissière/femme de ménage, car c’est la même chose, les patrons usent du cerveau et du corps de leurs employés de manière différente ». Sur le fond, je suis d’accord : je suis personnellement contre le fait qu’une personne doive toute sa vie durant occuper un emploi abrutissant de caissière, c’est pourquoi je suis en faveur d’un revenu universel garanti, seule alternative, selon moi, à un modèle de société qui marche sur la tête. De l’autre côté, il s’agit d’un argument qui suinte en général la mauvaise foi, car il insinue qu’être caissière ou prostituée, grosse modo, c’est la même chose. Si c’était vrai, toutes les caissières se prostitueraient, puisqu’ à la fois c’est « la même chose » et qu’en plus « on gagne davantage » (juste en écartant les jambes, rendez-vous compte comme c’est simple, hein). Or, tout le monde sait bien que ce n’est pas la même chose. A part ça, j’aimerais également bien voir ceux qui défendent leur droit à aller voir des prostituées et le droit d’une société à cautionner la prostitution aller se prostituer eux-mêmes, puisque  tu comprends, c’est un métier comme un autre, et moi les putes je les respecte, etc..

Si on me demandait mon avis, je dirais évidement qu’il faut non pas interdire la prostitution, mais interdire de s’offrir les services d’une prostituée. Comment contrôler ça dans les faits? Je ne sais pas : c’est bien là que le bât blesse, c’est là la limite des campagnes abolitionnistes. Comment abolir la prostitution dans un système social tel que le nôtre, capitaliste et patriarcal? La question de la suppression de la prostitution doit interroger en parallèle les fondements de notre système social et de notre système de pensée, ce n’est pas une bête question d’interdire pour interdire, ou de moralisme sexuel. Une société qui accepterait sans rechigner d’éradiquer la prostitution serait une société qui aurait pré-acquis un véritable sens de l’égalité sexuelle et humaine. C’est aussi pour ça qu’on est mal barrés. Notre société est trop pleine d’inégalités sociales et sexuelles pour que la question de l’abolition ne provoque pas de tollé, que les abolitionnistes ne se fassent pas traiter de coincés du cul, de bobos bien pensants ou de fascistes liberticides. Peut-être n’avons nous pas encore non plus les moyens de mettre en place des alternatives, car évidemment, dans l’idéal, une société qui veut abolir la prostitution doit s’en donner les moyens. Il ne suffit pas de pondre une loi, mais il serait bon d’élaborer de vrais programmes de reconversion pour les prostitué(e)s (on peut aussi proposer une solution aux licenciés des usines délocalisées au Vietnam, en passant, parce que ce seront peut-être ces chômeuses là qui tomberont dans la prostitution). Sinon, c’est un coup dans l’eau. Celles et ceux qui n’ont pas le choix économiquement continueront à s’y livrer.

Que faire, donc? Si je doute fort de l’utilité d’une amende et la possibilité de pénaliser les clients (on se demande bien quels moyens utiliser : demander à chaque prostituée de se déclarer et poster un flic derrière elle? Soyons sérieux.), je pense néanmoins qu’il est nécessaire de faire passer d’une manière ou d’une autre le message suivant : NON, cet être humain là n’est pas une enveloppe de chair que tu peux utiliser à ta guise, et même s’il veut bien se vendre à toi car il a besoin d’argent, tu ne peux pas l’acheter, c’est interdit. On ne peut pas convoquer tous les clients potentiels en réunion pour leur expliquer qu’acheter de la baise sur contrat, c’est merdique, que c’est cautionner un système pourri qui accepte qu’une fille se vende pour ne pas crever de faim, et qu’être à l’aise avec ça comme si on n’y était pour rien, c’est faire taire de façon minable sa mauvaise conscience. La solution est sans doute dans l’éducation : au féminisme, mais également aux rapports de pouvoirs et de domination en général (c’est un pléonasme, le féminisme contient tous ces aspects).

La précarité est l’argument central du discours anti-abolitionniste : que vont devenir les prostituées si elles n’ont plus de clients? C’est en effet une question cruciale, cela étant, je trouve qu’elle témoigne souvent d’une mauvaise foi hallucinante. A chaque fois que je lis les commentaires des articles traitant de la question de la prostitution, je retrouve toujours la même rengaine : les internautes s’insurgent de la future précarité des prostituées. Sauf qu’il ne faut pas me la faire : l’internaute lambda prêt à défendre le droit des putes à vendre leur cul, en temps normal, se fout absolument de la précarité de la prostituée – et il semble oublier que la prostituée est DEJA dans la précarité. Cet argument profite bien aux clients, qui doivent être le premier à le brandir pour défendre leur sacro-saint droit à aller se « taper une pute ». On vit dans une société de profit, dans laquelle on délocalise/ferme des usines ou des entreprises, laissant des tas de chômeurs sur le carreau. Les laissés-pour-compte font comme ils peuvent, et ça ne provoque par de tollé national, juste, parfois, un minimum d’indignation. Que deviennent les ouvriers quand ils n’ont plus d’usine? Tout le monde s’en fout. Quand on touche à la prostitution, c’est la levée de bouclier, alors que c’est exactement la même chose, dans le fond. Si on interdit d’acheter du sexe, ça fera des chômeuses, mais qu’on ne me dise pas que ça empêche tout le monde de dormir. Quel est le problème, alors? Mon petit doigt me dit que le débat sur la prostitution touche aux fondements du patriarcat. Et ça ma bonne dame, il y en a plein que ça emmerde.

Le fait que les prostitueurs sont quasi tous des hommes devrait tout de même nous faire tiquer. La prostitution est un phénomène sexo-spécifique. Elle est une manifestation, en particulier, de la domination sociale et sexuelle des hommes sur les femmes et, en général, de ceux qui ont de l’argent sur ceux qui en ont un besoin impératif. Elle est la résultante et la manifestation la plus extrême (et la plus visible) d’une société patriarcale, marchande et inégalitaire qui trouve normal qu’un corps humain puisse être acheté (avec de l’argent, des cadeaux, ou autre). Parce qu’en soi, faire une gâterie à son mec, non pas parce qu’on en a envie, mais pour qu’il soit disposé à vous offrir ceci ou cela (parce que bon, c’est l’homme qui paie, c’est normal tu vois), c’est exactement la même chose, avec une différence de niveau – les « sentiments » en plus et l’impératif de survie en moins. Au risque de choquer, je pense que tant que la pipe intéressée sera considérée comme normale, la prostitution le sera sans doute aussi, et vice versa, parce qu’on trouve normal que le sexe fasse partie d’un échange marchand et que le corps des femmes et/ou des faibles soit potentiellement à disposition de tous les autres (en gros, les hommes et/ou puissants). Notre système de pensée et notre système social est pourri jusqu’à l’os, on accepte depuis des lustres que certains se vendent pour satisfaire les désirs de ceux qui ont été conditionnés pour réclamer satisfaction – et qu’on a été conditionné à devoir satisfaire.

Il est épineux de raisonner en termes abstraits, car la prostitution est tout sauf une abstraction pour ceux qui la vivent. Pour moi la prostitution est clairement un symptôme d’une société de classes, patriarcale, capitaliste et désolidarisée. Tout ce qui me défrise, en fait, un mélange de domination sexuelle et économique, d’individualisme et de réification de l’autre. C’est d’ailleurs pourquoi je n’arrive pas, mais vraiment pas à comprendre comment le NPA peut pondre un article comme celui-ci. La prostitution est culturelle, c’est une invention du patriarcat, un commerce laissé à celles et ceux qui ne peuvent rien pratiquer d’autre (à lire, cet article). Ce n’est pas le « plus vieux métier du monde », pour reprendre ce cliché débile et infondé, ça ne répond pas à non plus un « besoin social ». C’est comme si on disait que tel produit non vital mis sur le marché répondait à un besoin social, alors que si on le retirait du marché, plus personne n’en achèterait et ce serait comme ça. Parce que non, le sexe consommé via la prostitution, ce n’est pas vital, c’est un peu comme les home-cinema, c’est un luxe qu’on se paie quand on a des thunes à claquer. Sauf qu’un être humain, ce n’est pas un écran plasma, même si on envie d’en faire un objet qui ferme sa gueule et fait ce qu’on lui demande.

Si la prostitution répondait vraiment à un « besoin social », il y aurait aussi des masses de prostitués pour les femmes (certes, les gigolos existent, mais ils sont peu nombreux en comparaison, ça aussi c’est un argument de mauvaise foi). Et pourquoi y’en a pas, ma bonne Lucette? Parce que la prostitution répond à l’assouvissement non pas d’un « besoin social », mais d’une envie masculine, si tu saisis la nuance. Oui, le social, c’est toujours masculin, bizarrement. On arrive au fameux argument de la pulsion masculine irrépressible et autres « si on interdit la prostitution, le nombre de viols va augmenter, les hommes deviendront des prédateurs affamés », bref on a saisi l’idée (les hommes sont incapables de se tenir dis donc, ils sont pire que des bêtes). Les « pulsions » de l’homme, c’est de la foutaise qui dissimule une vérité toute simple : on a éduqué les hommes à manifester leur désir, et les femmes à le retenir. Et ce n’est pas parce qu’une femme n’a pas visiblement la trique (c’est pas de notre faute, hein, on est faites comme ça) qu’elle a moins envie de sexe, ou qu’elle a un besoin impératif de sentiments pour baiser. Ça, se sont des constructions culturelles qu’on peut déconstruire. Ce n’est pas parce qu’on souhaite qu’un désir soit satisfait que la société doit cautionner ça. Parfois je suis tellement en colère que j’ai envie de me défouler sur quelqu’un, mais ça ne me viendrait pas à l’idée de payer une personne, même consentante, pour lui défoncer la gueule. La loi considèrerait d’ailleurs que je porte atteinte à l’intégrité d’autrui. Mais la prostitution, c’est pas pareil. La prostitution, c’est NORMAL (tu l’interroges, là, ton rapport à la normalité?). On trouve normal que le corps d’une partie de l’humanité soit potentiellement mis à la disposition de l’autre moitié pour qu’elle assouvisse ses désirs. Le corps des femmes DOIT être à disposition, c’est comme ça. Il DOIT y avoir des corps de femmes disponibles contre de l’argent, n’importe quand (de manière générale, même sans contrepartie, les femmes, dans les société patriarcales, sont potentiellement à disposition des hommes, c’est pour ça qu’on nous aborde dans la rue quand on y s’y balade seule ou entre femmes, qu’on insiste pour obtenir nos faveurs, qu’on se permet de nous faire des commentaires à voix haute sur notre physique, que le viol conjugal est reconnu depuis très peu de temps, ou encore qu’on est toutes des salopes potentielles, donc si en plus on nous paie, où est le problème?).

T’as vu la prostitution c’est trop glamour.

Sauf que consommer de la prostitution, on peut s’en passer, et affirmer le contraire, c’est du grand n’importe quoi. Les femmes s’en passent depuis toujours, pourtant (scoop) les femmes aiment autant le sexe que les hommes (si, si, je vous assure). La misère sexuelle est à mon avis un faux argument, comme si tous les clients étaient de pauvres hommes délaissés de la quéquette. Et si misère sexuelle il y a parfois, tant pis. Les miséreux sexuels seront laissés pour compte. C’est triste pour eux, mais si c’est le prix à payer pour une société sans prostitution, il est bien maigre. Qu’on ne me ressorte pas non plus l’argument des personnes handicapées qui auraient un besoin impératif de la prostitution, car il s’agit encore et toujours d’hommes. Par ailleurs, tous les handicapés n’ont pas besoin de faire appel à la prostitution pour coucher ou avoir une compagne, merci pour eux. On n’a jamais cherché à soulager les femmes de leur misère sexuelle, et, que je sache, elles n’ont pas mis le pays à feu et à sang pour ça, ne se sont pas entretuées comme des bêtes sauvages sous prétexte qu’elles ne pouvaient pas donner libre court à leurs « pulsions » – car, je me répète, elles ont été éduquées à contenir ces pulsions. Mais on préfère cautionner la prostitution, aveuglé par le mythe du besoin masculin et de la prostituée comme « soupape de sécurité » sociale (il faut que la pute soit là pour que les pulsions des hommes ne soient pas dirigées vers les honnêtes femmes), plutôt que d’éduquer les hommes à contrôler leurs désirs et/ou leur besoin de domination. En fait, on préfère que rien de change, ça remettrait trop de choses en cause, à commencer par la conception qu’on a des rapports entre les sexes.

Je ne veux pas vivre dans une société qui opère un clivage entre les femmes et les putes, avec des putes qui ne sont pas des femmes « comme les autres », mais des morceaux de viande (joliment emballés, mais morceaux de viande tout de même) qu’on peut acheter, un déversoir des désirs, frustrations, fantasmes que l’homme ne peut assouvir avec une « pas pute » (pourquoi, on se le demande, d’ailleurs. C’est si compliqué de parler de ses fantasmes avec son partenaire?). Certains parviennent bien à assouvir leurs fantasmes gratuitement, entre adultes consentants : pourquoi certains types préfèrent payer une femme/un homme à qui, au pire, ils inspirent du dégoût ou qui, au mieux, n’en a rien à foutre d’eux (parce que non, client, la prostituée, en général, ne s’intéresse pas à ta vie, elle fait SEMBLANT, tu es peut-être un chic type dans la vie de tous les jours, mais en l’occurrence, là tu es juste un client elle a juste besoin d’argent)? Vraiment, pourquoi? Parce que c’est facile, pas prise de tête, parce que c’est excitant, parce que ça montre que « t’as vu, je fais ce que je veux avec mon argent », ou que « j’ai des couilles », parce que ma femme n’accepte pas la sodo, parce que je suis un mâle et que j’ai des « besoins »? Il faudrait peut-être cesser de faire passer ses « envies » et ses « besoins » avant toute considération éthique, cesser de s’imaginer que parce qu’on paie l’autre on a rempli sa part du contrat, donc on peut fermer les yeux sur tout le reste.

Je ne suis pas abolo par puritanisme, parce que « oh mon Dieu say maaal ». Le sexe, c’est très bien, mais la prostitution c’est du sexe à sens unique.  Si on peut appeler sexe le fait de posséder, ou faire faire ce qu’on veut, à quelqu’un qui ne vous désire pas. J’ai lu, toujours sur le blog de Mélange Instable, le commentaire suivant à l’un de ses articles : « Je me prostituais par amour du sexe facile ». Je ne sais pas si c’est un fake ou pas, mais je suis désolée, 1/ la prostitution, en général, ce n’est pas du sexe « facile » et 2/ on n’a pas besoin de se prostituer pour obtenir facilement du sexe. Je ne perpétuerai pas le mythe (tenace) selon lequel une femme peut avoir quand elle veut le mec qu’elle veut (c’est faux), mais si on passe une annonce pour dire « femme cherche sexe facile gratuitement », il y aura surement des tonnes de réponses. Et si ton fantasme c’est payer/te faire payer pour baiser, tu peux aussi en faire un jeu érotique, à la manière des mises en scène de soumission/domination dans les clubs et donjons SM, où chacun se respecte et où le cadre garantit la sécurité. Evidement, ça nécessite une éducation préalable, en premier lieu celle du respect du désir de son partenaire – cet aspect dont la prostitution est exempte et qui arrange bien les clients, qui paient pour voir leur désir satisfait sans avoir à prendre en compte celui de l’autre.

Si j’entends bien les arguments économiques, si je sais que sans la prostitution certaines femmes ne pourraient actuellement pas survivre, je sais aussi dans quel genre de société j’ai envie de vivre. Et ce n’est pas dans une société réglementariste : je suis absolument contre la réglementation, on a vu ce que ça a donné ailleurs (et si vous ne le savez pas, les chiffres sont disponibles un peu partout sur le net). La réglementation est pour moi la pire des solutions, la moins éthique, la plus inacceptable d’un point de vue institutionnel. Quant à la liberté individuelle restreinte (parce qu’on va évidemment me sortir qu’on doit laisser à ceux qui veulent vendre leur cul la possibilité de le faire en paix), j’ai envie de dire que les lois, en général, restreignent certaines « libertés », c’est le principe. Pour le bien commun, pour faire avancer la société. Je crois que comme toutes les femmes, j’ai déjà pensé à ce que devait être la prostitution (comment c’est/ est-ce que j’en serais capable si un jour../ c’est sûr je trouverais ça horrible/ mais peut-être que ce n’est pas si dur que ça/ et comment elles font, les prostituées, pour supporter ça?/non mais attend c’est dégueulasse/ il y en a peut-être qui aiment ça, après tout? etc., etc.). Et bien rien que le fait d’y avoir pensé est totalement aberrant. Ce que je voudrais, c’est vivre dans une société où, si me venait l’idée de me prostituer, AUCUN homme ne serait prêt à me payer ; une société où ces hommes-là me regarderaient avec des yeux ronds en me traitant de cinglée; une société où ce serait totalement impensable. Je suis convaincue qu’un petit garçon élevé dans une société dans laquelle il n’est même pas pensable de s’offrir du sexe avec de l’argent, voit les femmes d’un oeil tout à fait différent de celui élevé dans un monde où un corps est potentiellement achetable. De même, une petite fille qui grandit dans une société sans prostitution aura une vision d’elle-même bien différente de celle qui sait qu’elle pourrait, potentiellement, se vendre à des hommes pour survivre. Plus encore, je voudrais vivre dans une société dans laquelle l’idée même de me prostituer ne me serait jamais venue à l’esprit. On est d’accord, il y a du boulot.