La libération nécessaire de la parole des opprimés, ou pourquoi l' »expert » doit se taire.

Salut, on est des experts !

Salut, on est des experts !

« Compatir n’est pas pâtir » est une expression que toutes les féministes connaissent bien. Elle signifie qu’on peut bien tenter de comprendre et de se représenter une oppression (en l’occurrence ici, l’oppression des femmes), mais tant qu’on ne l’a pas expérimentée soi-même, on ne sait pas réellement de quoi on parle. Si cela semble évident, on constate qu’en général, la parole des opprimés est passée sous silence quand celle des non-opprimés/oppresseurs est systématiquement mise en avant. Prenez n’importe quel émission télévisée (et il y en a eu beaucoup) à propos du port du voile, par exemple :  la plupart du temps, on se demande où étaient les femmes voilées parmi tous ces « experts » de la question (en général des hommes, non musulmans). Tout au plus, dans certains cas, on invitait une musulmane, non voilée de préférence, histoire de signifier qu’on avait bien fait les choses. Même topo s’agissant des questions touchant aux discriminations raciales  : pour faire bonne figure, il y a toujours au milieu d’invités racisés une personne blanche, généralement issue de la sphère intellectuelle, qui ramène sa fraise. Je ne dis pas qu’on ne peut pas avoir d’avis sur une oppression qu’on ne subit pas, ni même que l’avis d’un non-opprimé ne puisse pas être intelligent. Mais je suis irritée de cette tendance qui consiste à refuser de faire entendre la seule parole des opprimés sans convoquer celle du non-opprimé, comme si, en elle-même, elle n’était pas légitime. Comme s’il fallait systématiquement que cette parole soit soutenue par un non-opprimé pour être valide – ou, pire, comme s’il fallait nécessairement la réfuter histoire de bien montrer que l’opprimé exprime un point de vue forcément biaisé. Bien souvent, cela conduit à la minimisation de l’oppression, voir à sa négation. Parce que oui, nier ou diminuer la parole des opprimés, c’est nier l’existence ou l’importance de l’oppression dont ils sont victimes.

C’est comme si moi, femme non musulmane et non voilée, on m’invitait sur un plateau de télévision pour parler des discriminations islamophobes. Personnellement, je n’ai jamais vu une femme voilée se faire insulter, ni se faire discriminer à l’embauche. J’en déduis donc que non, les discriminations islamophobe n’existent pas, ou si peu. Et me voilà tranquillement en train d’expliquer à des millions des téléspectateurs que la France n’a à mon sens aucun problème fondamental avec ses citoyens musulmans, parce que si elle en avait, je le saurais. A celle qui me répond que quand même, sa sœur qui porte le voile est souvent prise à partie dans la rue, ne trouve pas d’emploi et est regardée de travers par les grands-mères dans le bus? Elle exagère, voyons, il y a certes quelques employeurs racistes et mamies réacs, mais enfin, pas de quoi en faire un fromage. Fin du débat, merci, bonsoir, l’expert a parlé, et il sait mieux que vous ce que vous vivez au quotidien, car son point de vue est LE point de vue. C’est pour cela que les débats ou discussions qui traitent d’une question soulevée par les féministes m’affligent, car ça ne rate jamais, sont systématiquement invitées pour s’exprimer sur le sujet des personnes qui n’ont pas la moindre idée de ce dont elles parlent, en général des hommes qui 1/débarquent de la lune ou 2/ sont carrément des détracteurs du féminisme. Et, plus que le sujet qui devait être discuté, c’est la réalité de l’oppression qui est remise en cause (et, avec elle, la légitimité même du mouvement féministe). Cas d’école (vécu en direct, et plusieurs fois), un débat sur le harcèlement de rue : une féministe souligne le caractère insupportable et discriminant du harcèlement et la nécessité d’y mettre fin, et des types en face arguent que 1/ c’est juste de la drague un peu lourde et/ou que 2/ c’est le fait d’hommes de « cultures différentes » (chez nous, on respecte les femmes). L’existence dans notre société de représentations mentales persistantes qui objectivisent les femmes comme autant de joujoux éventuellement disponibles pour ces messieurs sont ainsi niées, par deux processus bien connus de celles qui subissent régulièrement le mansplaining (ou mecsplication/mexplication en français, c’est-à-dire un mec qui vient t’expliquer d’un ton condescendant que tu es complètement à côté de la plaque et qu’il sait mieux que toi ce que tu vis en tant que femme) : 1/ minimisation ; 2/ invalidation par rejet de la responsabilité sur un autre que soi.

C’est déjà énervant dans le privé lors de discussions informelles, mais force est de constater que l’explication de l’ »expert » non-opprimé est une institution, on ne sait pas fonctionner sans sa sacro-sainte opinion. Parce que dans une société donnée, l’opprimé est nécessairement minoritaire (et ce, numériquement  – le musulman par exemple–, ou symboliquement – comme la femme –, ou encore les deux à la fois) et, par conséquent, nous ne sommes pas habitués à l’entendre parler pour lui-même, et de lui-même. Ecouter la parole de l’opprimé n’est pas « normal », au sens où ce n’est pas dans les normes. De fait, cette parole est a priori soupçonnée de n’être pas réellement crédible, et il faut qu’on se réfère à la norme, à notre fameux « expert » pour avis (l' »expert » absolu, chez nous, c’est l’homme blanc, quel que soit le sujet à débattre, sauf peut-être la capacité d’absorption des serviettes hygiéniques, et encore). Si la parole de l’opprimé est validée par l’expert, elle devient audible. Si elle est invalidée, non seulement elle est renvoyée dans le néant, mais en plus, on discrédite le ressenti et l’expérience de la personne qui s’est exprimée. Et c’est très violent pour l’opprimé. Le deuxième facteur qui rend la parole de l’opprimé difficilement audible est le malaise ressenti par ceux qui sont dans le camp des oppresseurs/ privilégiés lorsqu’ils sont mis face à la réalité. Le premier réflexe du non-opprimé, c’est la minimisation. Pour lui, l’oppression n’est pas tangible ; partant, elle ne doit pas être si grave que ça, il en déduit donc que l’opprimé exagère et qu’il est un peu paranoïaque. Quand le non-opprimé est aussi oppresseur, c’est pire : reconnaître son statut de privilégié est difficile, voire impossible pour certains. Encore une fois, l’opprimé exagère, et l’oppresseur refuse de reconnaître qu’il est partie prenante d’un système qui entérine l’oppression. En conséquence, il nie l’oppression et discrédite la parole de l’opprimé.

Pour prendre mon cas personnel, la première fois que j’ai entendu/lu ce que disaient représentants des Indigènes de la République, ça m’a fait tout drôle. J’ai pensé qu’ils abusaient, que ce qu’ils disaient était un tantinet agressif (ça ne vous rappelle pas quelque chose, amies féministes, hum?), parce que, c’est un fait, de leur point de vue de minorité, en tant que blanche dans une société à majorité blanche je fais partie de la catégorie des oppresseurs/privilégiés. Et je n’ai pas été à l’aise. Mon esprit n’était pas formé à écouter la parole de personnes qui remettaient en cause la structure de mon monde, la vision que j’avais de lui, la position que j’y occupais. Alors oui, de prime abord, ça fait chier, mais je me suis aperçue 1/que ce n’était pas grave du tout et 2/ que c’était un tout petit mal pour un grand bien, comme une pilule difficile à avaler sur le coup, mais dont les effets bénéfiques vont se prolonger dans le temps. Et quand on y réfléchit deux secondes, est-on menacés dans notre intégrité par la parole de l’opprimé ? Non. Celui qui est menacé dans son intégrité, c’est lui, l’opprimé. Pas moi. Quand une personne racisée dit qu’elle se sent opprimée dans une société blanche, ce n’est pas une déclaration de guerre contre les blancs. Quand une femme dit être opprimée par un système patriarcal, ce n’est pas une déclaration de guerre contre les hommes. Souligner que l’autre possède des privilèges qu’on n’a pas, et qu’il est peut-être partie prenante ou bénéficiaire d’un système inégalitaire, ce n’est pas une agression. Il est au contraire salutaire qu’on nous mette parfois face à des phénomènes qui nous seraient restées invisibles.

Ou plutôt, non, please, don't ask.

Ou plutôt, non, please, don’t ask.

Car que sait-on d’une oppression quand on est tranquillement assis sur ses privilèges ? Pas grand-chose. En conséquence, on a le droit d’écouter et de prendre acte, mais surtout pas d’expliquer à l’autre comment il est censé vivre son oppression, et de quelle façon il doit s’y prendre pour y mettre fin. On peut prendre le parti de l’opprimé, soutenir son combat, mais il faut garder à l’esprit que quand on est blanc dans une société blanche, on n’est pas légitime pour parler de ce que vivent les personnes racisées au quotidien. Quand on est un homme dans une société patriarcale, on n’est pas légitime pour parler de ce que vivent les femmes. Quand on est hétérosexuel dans une société hétéronormée, on n’est pas légitime pour parler de la discrimination dont souffrent les gays/lesbiennes. Il faudrait être assez humble et intelligent pour comprendre à la fois que ce n’est pas parce qu’une oppression est invisible à nos yeux qu’elle n’existe pas et qu’on ne peut jamais parler à la place de l’autre. Il faudrait également être assez humble et intelligent pour cesser de donner à tort et à travers son avis sur tout, sans réfléchir, cesser de s’exprimer  du point de vue de l’ « expert », celui qui ne remet jamais sa position en question, pour la bonne raison qu’il n’a jamais eu à l’interroger. Car l’expert a l’habitude que l’ « autre », ce ne soit pas lui ; il s’imagine en toute bonne foi (et bien le pire) être un référent neutre. En effet, on souligne toujours d’où parle l’opprimé (on indique que tel auteur de tel livre est une femme, quand on n’indique jamais qu’il s’agit d’un homme, par exemple) sans jamais préciser d’où parle l’oppresseur/non-opprimé. Car l’oppresseur/non-opprimé, et toute la cohorte de ses semblables, présupposent à tort (et en général de façon inconsciente) que ce qu’il sont n’a aucun impact sur leur point de vue. Le dominant s’imagine souvent que l’expérience du dominé est limitante car justement réductible à sa condition de dominé (d’où la remise en cause, par exemple, de l’opinion d’une femme, suspecté d’être biaisée du seul fait d’être féminine, quand celle de l’homme serait davantage objective), sans se rendre compte que son propre point de vue est tout aussi limitant. Quand un homme blanc/hétéro parle,  il n’est pas neutre : il s’exprime à partir de sa position d’homme blanc/ hétéro, position qui pèse dans sa parole, car elle modèle son expérience et sa perception du monde. Alors on se demande bien, foutredieu, comment il peut s’imaginer parler en toute connaissance de cause et endosser sans douter une seule seconde le rôle de « celui qui sait » quand il s’agit de s’exprimer sur un sujet auquel, de par sa position, il est étranger.

Je rêverais qu’on n’invite que des femmes pour parler de l’oppression des femmes ; qu’on laisse des personnes racisées s’exprimer à propos de ce que signifie être noir/maghrébin/musulman aujourd’hui en France, sans expert à la mord-moi-le-noeud comme médiateur, ou qui leur oppose du racisme anti-blanc. Où on laisserait parler librement ceux qui ne peuvent jamais s’exprimer autrement qu’en étant parasités. Car écouter la parole de l’opprimé, c’est comprendre avant tout qu’on s’exprime à partir d’une position de non-opprimé ; c’est accepter en l’occurrence de taire son point de vue pour prendre acte de celui de l’autre qui, contrairement à nous, vit concrètement son oppression ; c’est accepter ce point de vue, également, comme davantage valable que le sien propre à ce sujet. Et ça se travaille.

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Lafâme, c’est la beauté.

Sylphide 2J’ai lu sur un forum, hier, que Lafâme devait impérativement se raser les poils des aisselles parce que Lafâme, je cite : « représente la légèreté et la pureté, et que les poils, franchement, ça casse le mythe ».

Oui, Lafâme est légèreté, pureté et beauté. Lafâme est une créature mythique, mystérieuse, ensorcelante et incompréhensible – cette dernière particularité ne faisant que renforcer son exquisité. Ah, Lafâme, cette inconnue qu’on aime pour son étrangeté ! Etre éthéré, qui a vocation à envoûter l’Alphabruti de ses charmes fabriqués à grands réconforts de sueur et de cosmétiques mais faut pas le dire innés.  Fabriquée tout exprès non pour vivre comme n’importe quel être de chair, mais pour être admirée, elle est destinée, par la volonté divine ou la nature, à être belle et désirable. On la sublime, partout, tout le temps, pour bien faire entrer dans le mou de ceux qui en douteraient que Lafâme est l’essence de la beauté  : dans les arts, dans les textes, on donne à voir son corps magnifié.

Lafâme est belle, donc, et pour ne pas froisser l’oeil de l’Alphabruti et faire bobo à son petit coeur fragile, elle doit l’être tout le temps. Parce que l’Alphabruti ne supporterait pas qu’on lui mette sous le nez la vérité toute nue. Il ne supporterait pas de savoir que Lafâme est avant tout la femelle du spécimen homo sapiens, qu’elle a des poils, qu’elle sent parfois mauvais de la bouche, des aisselle et des fesses, qu’elle est faite tout comme lui, qu’elle pense comme lui et ne possède, en fait, pas une once de mystère comme il se l’imagine. Il ne supporterait pas de découvrir que l’éternel féminin est une construction de son cerveau qui refuse de voir les choses en face, de découvrir que Lafâme, en fait, n’a rien avoir avec les images, les peintures, les statues par le biais desquelles on l’a représentée, mais qu’elle est, incroyable, un être humain. Oh non, il ne le supporterait pas.

Alors par devoir envers l’Alphabruti et par respect du moule mythique dans lequel on l’a mentalement coulée, Lafâme doit se plier à des tas d’injonctions qui la font bien suer mais lui apportent la plus belle de toutes les récompenses : être validée par le tout puissant et sacro saint regard masculin comme digne représentante de Lafâme essentielle. Parce que oui, dans la vie de Lafâme, c’est tout ce qui doit compter. C’est pour ça que Lafâme se casse le cul à entretenir le mythe, à être conforme à ce que l’Alphabruti a envie de voir, à ne surtout pas déborder du coquillage dans lequel elle surgit gracieusement des eaux. Il y a déjà assez de mocheté dans ce monde, Lafâme doit contribuer à rendre la vie plus belle. Et si certaines – qui ne méritent pas le nom de fâme – dérogent à la règle, ce n’est pas si grave : la presse, la mode, la pub, se chargent de livrer aux regards de l’homme des Fâmes qui, elles, correspondent au mythe. De cette façon, l’Alphabruti continue à y croire – ou, parce qu’il est quand même un peu de mauvaise foi, à faire semblant d’y croire, exigeant de Lafâme qu’elle continue à incarner ce qu’elle n’est pas, rien que pour lui faire plaisir et ne pas briser son joli délire enchanté.

Quand ça sent le sapin et autres considérations végétales.

Nous voilà au début du mois de janvier et je trouve très triste de voir tous ces sapins morts à côté des poubelles. Vraiment, ça me donne le blues à chaque fois, de voir quelque chose qui a été vivant utilisé, puis abandonné. Compostez-les au moins, merde. Pour tout dire, la sacro sainte tradition du beau sapin vert et touffu, qui sent bon la résine, qu’on décore de boules qui brillent avec lesquelles le chat s’amuse comme un fou, je la trouve assez désespérante. Il faudrait peut-être apprendre aux gosses que quand on coupe un arbre, c’est par nécessité : construire une maison, fabriquer un meuble qui va durer, par exemple. Mettre dans son salon un arbre mort qui va lentement s’assécher, j’ai du mal. Non, je ne pense pas que les arbres « souffrent » comme peuvent souffrir les êtres qui possèdent un système nerveux, non je ne suis pas en train de me taper un délire druidique ou wicca, mais plus ça va, et plus l’idée de détruire du vivant pour RIEN, juste parce que ça brille, me dérange. Si on replante un arbre, c’est la même chose, si on ne le replante pas, c’est pire. Il ne s’agit pas d’un problème écologique, car la culture du sapin est agricole, et non forestière (=on ne détruit pas les forêts pour décorer les maisons), mais du malaise que je ressens à l’idée de couper, juste pour 15 jours de plaisir, un arbre qui auras mis, suivant l’espère, entre 9 et 14 ans pour pousser. Je trouve ça déprimant. Les plantations de sapins ont leur avantage (elles nourrissent le sol, empêchent l’érosion), mais sincèrement, planter et ne pas couper, ça ne viendrait à l’idée de personne ? Juste admirer et respecter le vivant pour ce qu’il est ? Qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans nos civilisations, franchement ? Je ne sais pas, moi, faites une collecte de bouteilles de bière vides comme sur la photo et portez-les au recyclage après Noël. Décorez votre ficus (le ficus est en plus une plante d’intérieur dépolluante). La société du « prêt à consommer – prêt à jeter », c’est lassant à la fin.

De la même façon, avant, j’aimais les fleurs coupées, j’aimais avoir un joli vase de lys ou d’oeillets dans la maison. Mais voir un truc se flétrir lentement sous mes yeux, je n’aime plus. Autant avoir une plante en pot et en prendre soin pendant longtemps. Surtout quand on sait que les fleurs coupées proviennent, dans l’ordre, du Pays-Bas (où elles sont cultivées sous des serres très énergivores), de Colombie et du Kenya, ce dernier pays produisant 70% des roses en vente sur le marché européen. La polémique autour des roses kenyanes a fait grand bruit en 2011, mais rafraîchir les mémoires n’est jamais inutile : ces fleurs sont cultivées sur les rives du lac Naivasha, et demandent tant d’eau que le lac s’assèche. Par ailleurs, la faune, la flore et les populations locales profitent bien comme il faut de la pollution due aux engrais et pesticides. Les roses transitent par la bourse aux fleurs d’Amsterdam où on leur appose l’étiquette « origine Pays-Bas », et sont redistribuées dans le reste du monde. Vous saurez donc que quand vous offrez une rose pour faire plaisir ou comme preuve d’amour (LOL), vous participez sans doute activement à l’assèchement du Naivasha et à la pollution d’une région. Certains me diront que ça crée des emplois. Certes. Mais va arriver un moment où on aura bon dos avec nos empois, quand on devra tous boire de l’eau polluée, manger des légumes contaminés et respirer de l’air toxique. Le pire, c’est que ce jour arrivera sans doute, mais chacun étant dans l’optique du « après-moi le déluge », on préfère vivre en sursis, quitte à mettre nos descendants dans la mouise jusqu’au cou.

Non, on ne tourne vraiment pas rond.

Les femmes sont des connes. Surtout les féministes.

NB : j’ai reçu et continue de recevoir pour cet article un nombre de commentaires parfaitement édifiants de femmes outrées croyant avoir à faire à un blog mascu, et de mascu croyant avoir trouvé un héraut de leur pathétique cause. Je suis bien désolée d’avoir à préciser ce qui suit : « Les gens, vous êtes sur un blog féministe, ceci est un article IRONIQUE dénonçant le discours des masculinistes ». Allez, de rien, et bisous hein – mais de grâce, réfléchissez deux secondes avant de sauter sur votre clavier, c’est désolant d’avoir à brandir la pancarte « second degré inside ». Vous ne seriez pas du genre à prendre au premier degré les articles du gorafi , par hasard  ? Des câlins à ceux qui ont compris, merci à eux. ❤

Les femmes, ces connes, croient qu’elles sont dominées, alors que dans nos sociétés elles ont tous les pouvoirs : elles ont le choix dans les magasins; elles ont l’avantage sur nous en matière de séduction et elles l’utilisent pour nous manipuler et se faire entretenir ; elles arrivent même parfois à nous faire payer pour baiser, rendez-vous compte à quel point elles sont puissantes. Elles ont le droit de coucher avec qui elles veulent et de le crier sur les toits sans être considérées comme des salopes, sont payées autant que nous, elles font même de la politique sans qu’on mentionne à chaque fois la couleur de leurs escarpins ou qu’on les siffle quand elles portent une robe dans l’hémicycle, qu’est-ce qu’elles veulent de plus?

Et bien elles veulent nous castrer, parce que ça ne leur suffit pas d’avoir instauré un matriarcat. Alors en plus d’être femmes, elles deviennent féministes. Les féministes, ce sont les pires.

Les féministes sont mal baisées, elle sont d’ailleurs devenues féministes parce qu’elle n’ont jamais reçu un bon coup de trique. Elles haïssent les hommes (parce que pas un seul n’a daigné les baiser, évidemment). Elles sont mal baisées parce qu’elles sont moches, poilues (l’épilation c’est mal), grosses (grosses et moches, c’est un pléonasme d’ailleurs) ou plates comme des planches à pain (une femme sans seins, c’est pas une femme).

Les féministes sont vraiment connes, car elles se trompent de combat. Elles s’insurgent comme quoi elles seraient des objets, mais attend, moi aussi je voudrais bien être un objet de désir, me voir à poil sur les affiches avec un air de gros cochon, me faire harceler dans la rue, me faire mettre la main au cul par ma patronne, me faire appeler par mon prénom d’un air condescendant quand je dois lui donner du « madame »; me faire prendre pour un bout de viande et qu’on me renvoie tous les jours à la gueule que je suis une bite sur pattes. Etre violé, même, j’aimerais, ça prouverait que je suis désirable. Vraiment, je ne demande que ça. Ça et ne pas me faire embaucher parce que je risque de tomber enceinte. Parce que déjà, elles peuvent tomber enceintes, c’est un privilège, et encore elles se plaignent, ces imbéciles, comme si on pouvait avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière.

Elles voient pas qu’il y a des combats plus urgents? Elles voient pas que dans d’autres pays il y a la charia? Hein? Moi d’ailleurs pour les victimes de la charia je… Ah ben non je fais rien, en fait, je me bouge pas le cul. Mais bon, c’est bien de leur rappeler qu’il y a plus mal loties qu’elles, tu vois, parce que ça les fait culpabiliser et puis elles commencent à nous emmerder avec leurs revendications. Elles ne trouvent rien de mieux à faire que montrer leurs seins (celles qui en ont, merde, je viens de dire qu’elles n’en avaient pas, sauf les grosses ; mais y’a des FEMEN qui sont pas grosses et drôlement bien gaulées quand même, pas grave, je continue ma démonstration ni vu ni connu), ce qui est parfaitement antiféministe, car tout le monde sait bien que les seins n’ont qu’une seule utilité : se faire mater par les mecs (ou les lesbiennes, comme Simone de Beauvoir).

Parlons-en des lesbiennes d’ailleurs. Celles-là, elles n’ont jamais goûté non plus à un bon coup de trique, sinon elles ne seraient pas lesbienne. Et puis du sexe sans pénétration, c’est du sexe incomplet. La preuve, c’est que plein de lesbiennes utilisent des godes. CQFD. Si elles étaient un peu moins connes, elles préfèreraient les mecs avec une vraie bite. Enfin les hétéros, hein, parce que les pédés, ils ont une bite mais quand tu vois où ils la mettent… C’est dégueulasse, je veux même pas y penser. Pas que j’aime pas la sodo, hein, j’adore, mais quand même dans un cul de femme, c’est plus normal, c’est fait pour ça. Pourquoi? Ben parce que c’est comme ça, c’est tout, c’est la nature, la biologie, t’as pas fini de m’emmerder avec tes questions?

Puis pour nous les hommes, c’est dur. On souffre. On est obligés de se raser tous les matins. Puis on doit toujours se montrer fort, c’est épuisant. On doit aussi être riche, parce que sinon les femmes ne nous jettent pas un regard. Si tu ne peux pas leur apporter la sécurité financière, elles te snobent ces grognasses, parce qu’elles pensent qu’elles sont faibles et qu’on doit leur offrir des bagues en diamant et des fleurs à la St Valentin. Elles sont toutes comme ça. Et si on doit répondre à toutes ces injonctions débiles, c’est uniquement à cause des femmes. Parce que la société, ce sont les femmes qui la dirigent; les règles sociales, ce sont les femmes qui les ont créées. Rien que pour nous emmerder, depuis des millénaires. Si elles avaient dû mourir à la guerre au lieu des rester au chaud à la maison à faire la popote, sans bosser, tu verrais qu’elles feraient moins les fières. Mais elles ont toujours été du bon côté de la barrière, elle en ont rien à foutre.

Le seul pouvoir qu’on a, c’est la garde des enfants, parce que la justice est sexiste – et pour une fois le pompon c’est pour bibi. C’est parfois un peu difficile parce qu’il y en a qui se barrent sans reconnaitre les mômes; elles sont peu nombreuses à payer la pension alimentaire et on bosse souvent à mi-temps, aussi, mais on se débrouille quand même. Heureusement on leur fait tous des coups bas, on les dépouille alors qu’elles sont déjà à sec, on leur interdit de voir les gosses. Pas qu’elles soient toutes violentes avec les gamins et avec nous, non, il y en a qui n’ont rien fait du tout, qui sont de bonne mères, même. Mais on aime bien leur en faire baver, alors comme on a la justice patriarcale de notre côté, on les fait chier jusqu’au bout. On fait tous ça. Absolument TOUS, juste parce qu’on est des hommes. Et ce que veulent les hommes, sans exception, c’est nuire aux femmes.

Je vais te dire, je les déteste, on serait beaucoup mieux sans elles. A part pour baiser, je sais pas trop comment on ferait. On irait aux putes, remarque, ce ne sont pas des femmes, elles. Et surtout pas des féministes : elles aiment trop écarter les jambes pour ça.

Signé : un homme, un mascu, un vrai

Here’s to you.

« Violence et passion », Luchino Visconti, 1974.

Je pensais bien qu’avec un titre de blog pareil j’allais attirer les adeptes de minous, caresseurs de fourrures épaisses ou autres amateurs de chattes sphinx, mais j’avoue avoir été surprise quand j’ai découvert que quelqu’un était arrivé ici en tapant la phrase suivante : « voir en video des femmes nues attacher et violamment torture electrocuter le sexe ».

Avant même de sermonner cet inculte personnage et de le renvoyer étudier son bescherelle, pour le punir de n’avoir pas écouté les leçons sur l’utilisation de l’indicatif et du participe passé en CM1 (certainement pour la sotte raison que la maîtresse Madame Michette avait de la moustache), j’ai envie de demander : mais pourquoi tant de violence mon ami? A moins que tu ne sois un vétéran des Forces républicaines de Côte d’Ivoire et que tu veuilles rappeler à ta mémoire de doux moments appartenant au passé, que peux bien t’apporter le visionnage d’une dame ligotée à qui on électrocute les parties intimes?

Si c’est parce que tu as raté le dernier épisode de Koh-Lanta, sais-tu que la technologie moderne te permet à présent de revoir les émissions après leur diffusion?

Si c’est pour pratiquer avec ta petite amie, sache que ton envie de bondage va peut-être un chouilla trop loin, que les pratiques SM extrêmes sont dangereuses et qu’elle risque d’avoir un peu mal.

Si c’est pour te venger de ta belle-mère, ta voisine ou toute autre malotrue de ton entourage, je te conseille plutôt le poil à gratter subrepticement inséré dans son t-shirt : c’est autrement plus drôle (foi de Castor Junior) et cela te permettra de partager de grands moments de gaité avec tes camarades du club de planche-à-voile ou ton collègue de travail Jean-Romuald quand tu leur raconteras le bon tour que tu leur a joué.

Si c’est juste pour assouvir un fantasme visuel, je suis dans le regret de n’avoir pu accéder à ta requête, malgré le fait que mon blog soit la deuxième référence que gougueule t’ait proposée.

Les insultes et les coups.

Copyright inconnu

Copyright inconnu

Elle a appris bien plus tard qu’il était ce qu’on appelle un pervers narcissique. Les premiers signes sont apparus très vite, au bout de quelques jours, sous la forme d’une crise jalousie sans fondement, au cours de laquelle il lui a annoncé très violemment qu’il la quittait. Elle était effondrée, elle l’a supplié de ne pas partir, a cherché à lui faire comprendre que ce n’était qu’un malentendu. Il est revenu. A partir de ce jour, ils ont vécu dans un rapport de force permanent. Sa violence morale à lui s’est tout d’abord manifestée par des rabaissements perpétuels : elle n’était jamais assez bien, toujours trop « commune », « banale », pas assez intelligente, pourvue d’un esprit limité. Paradoxalement, ces phases de dévalorisation alternaient avec d’autres au cours desquelles il la portait aux nues : elle était brillante, elle écrivait magnifiquement bien, elle valait infiniment mieux que lui. Elle aurait dû remarquer plus tôt qu’il n’avait aucune considération pour elle, ni pour quiconque d’ailleurs. Le seul qui comptait à ses yeux, c’était lui.

Les insultes sont venues très vite, doublées d’un comportement paranoïaque. Il était persuadé qu’elle le trompait, voulait tuer tous ses ex. Il lui faisait des esclandres pour un rien, ne montrait aucune empathie quand elle pleurait – il prenait au contraire un malin plaisir à provoquer des crises de larme et à la torturer. Il surveillait ses moindres faits et gestes, si bien qu’elle avait fini par perdre toute spontanéité, calculer tout ce qu’elle faisait par crainte de lui déplaire, se sentir coupable de choses qu’elle n’avait pas faites. Elle ne sait même pas pourquoi elle a accepté de l’accompagner dans son pays d’origine, où elle ne connaissait personne. Elle y a passé l’été le plus angoissant de toute sa vie. C’est là-bas qu’il l’a frappée pour la première fois, elle s’en souviendra toujours. Il l’avait, pour la nième fois, insultée, traitée de « sale » et de « pute ». A bout, elle l’avait giflé. En réponse, elle a reçu un flot d’insultes et une pluie de coups sur la nuque, six au total. Cette nuit-là, elle a quand même dû dormir près de lui, car elle n’avait pas le choix. Elle aurait pu s’enfuir, mais elle n’a pas eu le courage. Et puis pour aller où ? Cet été là son corps a lâché avant sa tête, elle a été victime d’une grosse infection qu’elle a dû faire soigner à l’hôpital. Sa première réaction à lui a été, évidemment, de s’énerver, comme si c’était de sa faute, à elle.

Quand ils sont rentrés en France, elle est restée avec lui. Aussi incroyable que ça puisse paraître, ce genre de personnes fait que  l’autre se sent fautif : on s’imagine mériter ce qu’on subit, parce qu’on est trop ceci, pas assez cela, on croit que c’est notre comportement qui pose problème. Peu à peu, on s’éteint, on perd toute joie de vivre, toute sérénité, toute spontanéité, mais on ne peut pas quitter. On se sent coupable à l’idée de quitter quelqu’un qui sait si bien se traîner à nos genoux après nous avoir insulté(e), on se sent petit(e), sans valeur, fragile.

Ils se sont séparés et remis ensemble un nombre incalculable de fois, elle partait mais finissait toujours par se faire avoir et revenir. Elle persistait à faire croire à ses parents que tout allait à peu près bien. Elle en a voulu après coup à pas mal de monde de n’avoir pas su ou pu la protéger contre lui, mais elle sait que dans ces cas là, on est seul à pouvoir s’aider. Il aura fallu qu’il recommence à la frapper pour qu’elle le quitte, il lui aura fallu attendre qu’il la laisse pisser le sang sur un trottoir après lui avoir cassé le nez et défoncé l’œil pour un motif imaginaire. Il lui aura fallu prendre conscience que la prochaine fois il la tuerait certainement, craindre réellement pour sa survie pour tirer un trait sur cette histoire.

Elle a porté plainte. Après de longs mois il a été condamné à payer des dommages et intérêts. Le plus ironique, c’est qu’elle était revenue tant de fois qu’il ne pouvait pas croire qu’elle partirait pour de bon. Et jusqu’au bout, il n’a pas compris le mal qu’il lui avait fait, jusqu’au bout c’est lui qui s’est érigé en victime. Bizarrement, ce coup de poing a été une délivrance. Dans son malheur elle a eu de la chance. Il n’est pas agréable de se faire frapper, évidemment, mais si sa violence s’était arrêtée à la violence verbale, elle ne s’en serait peut-être jamais sortie. Les coups font mal, mais ce qui détruit le plus, c’est la violence psychologique qui les précède souvent et les accompagne, car elle est insidieuse, invisible (il était si charmant en public) et détruit à petit feu. Certains hommes ou femmes s’en tiennent à cette violence verbale, mais souvent, il s’agit du premier pas vers la violence physique.

Les conseilleurs ne sont jamais les payeurs, mais si elle a une chose à dire aujourd’hui, c’est qu’au moindre signe de maltraitance morale ou physique au sein d’un couple, il faut partir sans se retourner. On ne DOIT PAS accepter de s’éteindre, de passer ses soirées à pleurer, de ne pas être pris en considération, de calculer ses moindre faites et geste, de vivre dans la crainte de déplaire à l’autre, de s’éloigner de ses amis, d’en arriver à croire qu’on ne vaut rien, de perdre sa confiance en soi. Si vous en êtes là, ou même un peu avant, tournez les talons, sans regret, peu importe les sentiments, peu importe la passion, peu importe la bonne entente préalable, peu importe les moments d’accalmie, car vous savez bien que ce ne sont que des gouttes d’eau dans l’océan de violence, d’appréhension et de peur que vous vivez au quotidien. Ce ne sont que des trêves avant le déferlement, encore, des insultes et des coups, avant la prochaine scène où vous vous retrouverez à vous protéger le visage, à faire le dos rond, à l’entendre vous traiter de salope, peut-être même devant les enfants. Avant qu’il s’excuse et pleure de nouveau pour vous faire culpabiliser. Puis recommence à vous insulter/frapper. C’est sans fin.

Partez. Allez chez n’importe qui, vos parents, un(e) ami(e), une tante, une association. Si vous vivez seul(e), fermez-lui votre porte à tout jamais. Faites-le avant de ne plus savoir qui vous êtes, avant de mourir à l’intérieur, avant de vous laisser détruire par un(e) con(ne) qui comble ses propres failles narcissiques en vous prenant pour un punching-ball ou des chiottes publiques. En ce qui la concerne, tout ça s’est passé il y a presque huit ans, elle a depuis rencontré et aimé des hommes merveilleux. Si quelqu’un vous fait croire que personne à part lui/elle ne peut vous aimer, qu’il/elle est ce qui vous est arrivé de mieux, que jamais vous ne pourrez trouver quelqu’un qui vous aime aussi fort, sachez que ce n’est pas vrai. C’est ce qu’ils disent TOUS. L’amour ne consiste pas à violenter l’autre, mais à le protéger contre toutes sortes de violences ou à se tenir à ses côtés quand elles adviennent. 

Partez, ayez ce courage là. On s’en sort, et vous valez INFINIMENT mieux que ça.

Droit d’asile.

Je remarque qu’on ne m’a jamais apostrophée avec un délicieux « Et salope tu suces? » ou autre réjouissant « Mademoiselle tié trop charmante !  » dans des librairies. Je propose donc qu’on fasse de ces dernières les lieux saints du vingt-et-unième siècle, consacrés par le sang des martyrs de la pagano-débilitite ambiante – une fois, bien entendu, qu’on en aura retiré les hérétiques ouvrages de Soral et confrères, qui heurteraient le coeur des vertueux fidèles.