Lafâme, c’est la beauté.

Sylphide 2J’ai lu sur un forum, hier, que Lafâme devait impérativement se raser les poils des aisselles parce que Lafâme, je cite : « représente la légèreté et la pureté, et que les poils, franchement, ça casse le mythe ».

Oui, Lafâme est légèreté, pureté et beauté. Lafâme est une créature mythique, mystérieuse, ensorcelante et incompréhensible – cette dernière particularité ne faisant que renforcer son exquisité. Ah, Lafâme, cette inconnue qu’on aime pour son étrangeté ! Etre éthéré, qui a vocation à envoûter l’Alphabruti de ses charmes fabriqués à grands réconforts de sueur et de cosmétiques mais faut pas le dire innés.  Fabriquée tout exprès non pour vivre comme n’importe quel être de chair, mais pour être admirée, elle est destinée, par la volonté divine ou la nature, à être belle et désirable. On la sublime, partout, tout le temps, pour bien faire entrer dans le mou de ceux qui en douteraient que Lafâme est l’essence de la beauté  : dans les arts, dans les textes, on donne à voir son corps magnifié.

Lafâme est belle, donc, et pour ne pas froisser l’oeil de l’Alphabruti et faire bobo à son petit coeur fragile, elle doit l’être tout le temps. Parce que l’Alphabruti ne supporterait pas qu’on lui mette sous le nez la vérité toute nue. Il ne supporterait pas de savoir que Lafâme est avant tout la femelle du spécimen homo sapiens, qu’elle a des poils, qu’elle sent parfois mauvais de la bouche, des aisselle et des fesses, qu’elle est faite tout comme lui, qu’elle pense comme lui et ne possède, en fait, pas une once de mystère comme il se l’imagine. Il ne supporterait pas de découvrir que l’éternel féminin est une construction de son cerveau qui refuse de voir les choses en face, de découvrir que Lafâme, en fait, n’a rien avoir avec les images, les peintures, les statues par le biais desquelles on l’a représentée, mais qu’elle est, incroyable, un être humain. Oh non, il ne le supporterait pas.

Alors par devoir envers l’Alphabruti et par respect du moule mythique dans lequel on l’a mentalement coulée, Lafâme doit se plier à des tas d’injonctions qui la font bien suer mais lui apportent la plus belle de toutes les récompenses : être validée par le tout puissant et sacro saint regard masculin comme digne représentante de Lafâme essentielle. Parce que oui, dans la vie de Lafâme, c’est tout ce qui doit compter. C’est pour ça que Lafâme se casse le cul à entretenir le mythe, à être conforme à ce que l’Alphabruti a envie de voir, à ne surtout pas déborder du coquillage dans lequel elle surgit gracieusement des eaux. Il y a déjà assez de mocheté dans ce monde, Lafâme doit contribuer à rendre la vie plus belle. Et si certaines – qui ne méritent pas le nom de fâme – dérogent à la règle, ce n’est pas si grave : la presse, la mode, la pub, se chargent de livrer aux regards de l’homme des Fâmes qui, elles, correspondent au mythe. De cette façon, l’Alphabruti continue à y croire – ou, parce qu’il est quand même un peu de mauvaise foi, à faire semblant d’y croire, exigeant de Lafâme qu’elle continue à incarner ce qu’elle n’est pas, rien que pour lui faire plaisir et ne pas briser son joli délire enchanté.

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2 réflexions sur “Lafâme, c’est la beauté.

  1. Magali dit :

    Peut-etre que la femme se rase les aiselles parce que c’est plus gracieux? Les danseurs de ballet aussi s’epilent. Parce que ca sent moins fort aussi?
    Pour le regard des autres femmes aussi. Peut-etre que vous aurez un jour une petite fille et vous verrez qu’il est illusoire de lutter contre nos natures profondes et animales, vous qui aimez les animaux, vous ne voulez pas les changer si?
    Le regard des femmes entre elles est le plus intransigeant, ne vous trompez pas de combat.

    • La Chatte dit :

      Et à votre avis, pourquoi trouve-t-on cela plus gracieux, que les femmes soient épilées? Vous pensez sans doute que ce sont des goûts qui tombent de la lune et ne sont pas induits par la culture ? Votre arrière-grand mère se rasait-elle les aisselles, la trouvait-on moins gracieuse pour autant ? Vous pensez que le regard des autres femmes, si intransigeant, comme vous le dites, tombe de la lune aussi, et qu’on ne peut rien y changer ? Selon vous, ce serait donc la faute des femmes si le système actuel se maintient ? C’est drôle que vous affirmiez que les femmes n’ont pas besoin du féminisme, alors que visiblement, vu qu’elles se tirent dans les pattes les unes les autres, elles en ont besoin plus que jamais… Quant à votre phrase sur la nature profonde de l’humain, j’ai peu de goût pour les essentialistes de tout bord, merci bien. J’attends toujours qu’on me démontre l’existence d’une telle nature, et je gage que ce n’est pas vous qui réussirez à le faire – peut-être parce-que, oh, tiens donc, cette nature n’existe pas ?

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