Un idée pour l’initier au féminisme.

Dans mon article précédent, je criais ma rage et mon désespoir face aux yeux désespérément clos (ou vraiment pas bien ouverts) de mon cher et tendre face aux inégalités sexuelles et à la nécessité de lutter contre elles. Fatiguée, j’avais juré de baisser les bras, de me PACSer avec mon chat ou ma meilleure copine.

Puis l’énergie militante a repris le dessus. C’est ça aussi,  le féminisme. On se couche lessivée et jurant que plus jamais on ne nous y reprendra, puis on se lève convaincue qu’on ne peut pas lâcher le morceau, que notre lutte est vitale. Et on se relance corps et âme dans la bataille.

TRISTANE BANON

J’ai fait le point : cet homme, je l’aime. Je l’ai choisi pour son faux air de George Clooney ses qualités humaines et morales. Il est très loin d’être con et très loin d’être un gros machiste de base (pléonasme). En bref, il vaut la peine que je l’initie à ce qui pour moi est aussi vital et nécessaire que l’air qu’on respire : le féminisme. Pour qu’il sache de quoi je parle et d’où je parle (et d’où lui parle aussi). Parce que le féminisme fait désormais partie de ce que je suis, parce que ça n’est ni une opinion, ni une option. Parce qu’on fait mutuellement des efforts pour communiquer et se comprendre, et s’il ne comprend pas cela, c’est toute une partie de moi qui lui échappe.

Compte tenu de plusieurs facteurs, il me fallait un « programme » sur mesure :

– Son ignorance dans le domaine est quasi totale, car 1/en tant qu’homme, il n’a évidemment jamais expérimenté le sexisme dont les femmes sont victimes, et 2/ en grand Bisounours un peu naïf, il a une propension (parfois désespérante) à voir le monde plus beau qu’il ne l’est. Il est en quelque sorte « victime » de sa plus grande qualité : pour lui, les femmes sont des êtres humains comme les autres, tellement comme les autres qu’il est impossible qu’elles souffrent de discriminations sexo-spécifiques. Si discriminations il y a, elles sont le fait d’abrutis ; il ne se doute pas une seconde que le sexisme est à ce point partie intégrante de notre système socio-culturel, de pensée et de représentations. Par conséquent, il n’a jamais, bien logiquement, remis en cause croyances, mythes et clichés.  Il est donc très souvent à côté de la plaque et a recours aux arguments-types des personnes évoluant dans des sphères bien lointaines et/ou des hommes sur la défensive (« oui mais parfois c’est la faute des femmes aussi … », « Tous les hommes ne sont pas comme ça, blablabla »). Autre point épineux : se désolidariser de son sexe n’a pas l’air d’être une option pour lui. La solidarité masculine, c’est sacré (sauf la solidarité avec les abrutis, qui eux, c’est bien connu, ne sont pas des hommes forgés par un système donné, mais juste des abrutis tombés de la lune qui ont eu l’idée tous en même temps, on ne sait pourquoi, d’être sexistes envers les femmes). Bilan : On est d’accord, il y a du pain sur la planche en ce qui concerne la partie théorique.

– Pour une raison que j’ignore (sentiment d’être mis en cause en tant qu’homme par la femme qu’il aime ?), et alors que je ne pense pas manquer de pédagogie, il a tendance à interpréter de travers tout ce que je dis et à se sentir agressé personnellement, alors que quand quelqu’un d’autre lui explique, ça passe tout de suite mieux : « Mais POURQUOI quand je te parle de ça tu te braques alors que quand c’est Sophia tu es d’accord? » « Non mais toi tu dis que tous les mecs sont machos » ; « Mais n’importe quoi, pas du tout ! » (Chatte outrée). Il a aussi besoin, en général, de pas mal d’avis différents pour se faire une opinion. Bilan : Si je m’attèle seule à la tâche, c’est soit l’échec assuré, soit des discussions à n’en plus finir sur le sujet pendant quelques années (et bon, parfois j’aime bien parler d’autre chose).

Il me fallait donc trouver une solution pour lui faire acquérir les bases de la théorie féministe et qu’il touche du doigt les problématiques associées, sans m’y casser les dents, avoir l’impression de pisser dans un violon ou m’user prématurément. C’est là que j’ai eu une brillante idée, pour laquelle j’ai fait appel à vous. Oui, VOUS, dont je lis les blogs/ sites régulièrement, qui figurez dans ma blogroll (qui n’est pas vraiment à jour) ou mon gestionnaire de flux. Vous dont les écrits m’inspirent, m’instruisent, me donnent un coup de fouet lorsque j’y retrouve mes propres pensés et convictions, me font progresser, éclater de rire, réfléchir un peu plus loin, avec qui je ne suis pas toujours d’accord. C’est à vous, ce petit (ou grand) bout de  toile féministe/pro-féministe, militante, réfléchie, intelligente, décalée, que je dois mon idée : rassembler quelques uns de vos articles et réflexions. C’est ainsi qu’a vu le jour un petit livret de 24 textes spécialement sélectionnés pour mon cher et tendre, qui abordent des questions essentielles : qu’est-ce que le féminisme ; qu’est-ce que le sexisme ; quelle est la place de hommes dans le féminisme ; les femmes qui font le jeu du patriarcat ; la solidarité phallocrate ; le privilège masculin ; l’éducation genrée ; l’humour sexiste ; la drague ; la galanterie et le sexisme bienveillant ; le plafond de verre ; les injonctions sexuelles ; les violences sexuelles etc..

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Ça va peut être sembler idiot, mais je voudrais réellement remercier mon impresario celles et ceux qui ont rendu ça possible (attention séquence name dropping, sans ordre particulier) : Valérie (Crêpe Georgette), l’Elfe (Les Questions composent), Myroie (Egalitariste), l’équipe du mauvais genre, la revue Contretemps, Chrysa (Le féminisme est bon pour l’esprit), Olympe (Olympe et le plafond de verre), les contributeurs de Ça fait genre !Marine (Une chambre à moi), Romain et Florian (L’Art et la Manière). Puis Christine Delphy, et d’autres, dont les pensés ne figurent pas dans le livret mais qui m’avez inspirée et enrichie.  Qu’on ait déjà eu l’occasion de discuter, ou pas, via les commentaires, merci de tout coeur, merci d’écrire, de vous engager, et de permettre de forger de nouvelles consciences.

Les féministes/pro-féministes ont besoin les uns des autres.

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2 réflexions sur “Un idée pour l’initier au féminisme.

  1. Magali dit :

    Je suis toujours tres amusee de voir que les feministes avec les plus grandes gueules sont de vrais petits toutous avec leur compagnon et on observe souvent chez elles des repartitions des taches a la maison des plus traditionnelles, il y a la feministe a l’exterieur et la feministe dans le prive, faites ce que je dis, pas ce que je fais…
    Les feministes sont attirees soit pas des « lavettes » rendues honteuses de leur nature masculine, soit le plus souvent par des mecs tout ce qu’il y a de plus tradi, dont elles cherchent la protection dans le foyer, pour etre forte dans leur combat a l’exterieur.
    Je generalise en disant « les feministes », comme vous le faites pour les non-feministes, vous savez les « alienees qui n’ont rien compris aux feminismes et qui sont contre l’egalite des droits », les pauvres filles quoi, pas tres fut’fut’, des enfants qu’il faut sauver d’elles-meme, contre elles s’il le faut!

    Vous seriez pas heureuse avec un mec qui verrait le monde tel que vous, gardez votre cheri tel qu’il est, il vous gardera les pieds dans le reel et le bon sens. Son « ils pouvaient pas savoir que t’etais feministe » etait juste grandiose.

    • La Chatte dit :

      Je ne connais personnellement pas ces féministes dont vous parlez, chère Magali. Peut-être sont-elles de fausses féministes infiltrées, allez savoir…
      « Vous seriez pas heureuse avec un mec qui verrait le monde tel que vous, gardez votre cheri tel qu’il est, il vous gardera les pieds dans le reel et le bon sens. » Outre le fait que je n’ai, pas plus que n’importe quel autre être humain, besoin d’un gardien pour me faire aller dans le bon sens, visiblement, comme vous et moi avons gardé les cochons ensemble (je l’ignorais, excusez mon amnésie si nous nous travaillâmes de concert un jour à la ferme), vous savez exactement de quelle façon je serai heureuse. Vous êtes assurément extra lucide. Je vous avouerai bien que ce billet date un peu et qu’en l’occurrence ma situation amoureuse a changé et que je suis parfaitement heureuse avec un homme qui voit le monde tel que moi et repère le sexisme quand sexisme il y a, mais ce serait visiblement faire injure à votre vision essentialiste et bisounoursante de la société et des rapports hommes/femmes, alors je vais me taire, on se sait jamais, ça pourrait vous bouleverser. Et vous pourriez craindre que, fort de nos deux opinions convergentes, nous versions dans le terrorisme anti-hommes.

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