Six mois de végétarisme : le bilan.

Voilà six mois que j’ai modifié de façon radicale mon alimentation, et j’ai pensé qu’il était temps de faire un bilan.

Comment j’ai procédé :

Pas de transition pour moi : une fois mon réfrigérateur et mes placards vidés de produits laitiers et carnés, je n’en ai pas rachetés. Je fais à présent attention à tout ce que je mets dans mon panier quand je fais mes courses et je lis scrupuleusement les étiquettes. Je bannis tout les aliments qui contiennent du lait et des oeufs et au final, je consomme beaucoup moins de produits industriels qu’auparavant (exit les brioches ou pains au lait du petit déjeuner) et c’est très bien comme ça. Physiquement, je n’éprouve aucune frustration, et même si c’était le cas, aller à l’encontre de mes convictions pour le plaisir égoïste de mon estomac ne m’intéresse pas. Plus de chocolat au lait, plus de bonbons tendres (à la gélatine de porc), plus de fromage blanc, qui me ravissaient auparavant le palais. Moralement, je ne me suis jamais sentie aussi bien et en accord avec moi-même. Je cuisine végétalien à la maison, j’ai appris l’art de la substitution alimentaire – TOUT se remplace – et je ne fais aucune concession.

Vraiment aucune ?

En fait, si. A l’extérieur de chez moi. C’est pour ça que je tiens au terme « végétarienne » (ce que je suis, hélas) et que je n’utilise pas « végétalienne » (ce vers quoi je tends). Manger au restaurant est parfois compliqué, par exemple.  Je me retrouve souvent à négocier pour enlever ou remplacer tel élément du plat. Parfois, la carte ne propose simplement rien de végétalien. Les serveurs sont en général très fiers de m’annoncer qu’ils ont une pizza végétarienne – avec de la mozzarella, évidemment. De manière générale, expliquer dans un restaurant français qu’on ne mange ni viande, ni poisson, ni oeufs, ni produits laitiers revient à créer la panique ou se faire regarder comme une créature de l’espace. A la question « Mais tu  manges quoi, alors? », je réponds systématiquement « Tout le reste ! » avec un grand sourire mode pub-pour-dentifrice-ultrabright, qui fait taire à chaque fois l’insurgé – lequel cogite sans doute à ce que peut bien être ce mystérieux reste.

Et socialement?

Venant de collègues, connaissances, ou amis d’amis, j’ai eu droit à peu près à tout les arguments qui n’en sont pas qu’on oppose aux végétariens/liens, en têtes desquels les fameux « Mais tout de même, c’est naturel de manger de la viande, de tout temps l’homme en a mangé » (l’usage de l’expression « de tout temps » me donne déjà à la base envie de distribuer une série de baffes, mais qui plus est, c’est totalement faux) et autres « Et la pomme de terre aussi a mal quand tu la fais cuire » (bien connu sous l’argument du « cri de la carotte »). J’ai également trouvé des oreilles attentives en la personne de collègues n’ayant pas le même régime alimentaire que moi mais s’accordant pour reconnaître le végétalisme comme un mode de vie davantage rationnel que l’omnivorisme. Ma petite question préférée est pour l’instant un « Tu es toujours végétarienne? », posé quinze jours après que j’ai annoncé ne plus manger d’animal (« Oh ben non, tiens, file-moi un bout de veau pané »).

A part ça, je ne sais pas si tous les végétariens ont vécu la même chose, mais j’ai parfois l’impression d’être un perroquet :  j’explique et réexplique sans fin à mes proches que je tente de devenir végétalienne et que NON, je ne mange « même pas un peu de jambon ». J’ai déjà lu des témoignages de végétariens qui avaient du mal à faire face aux regards et qui avaient parfois honte de ne pas manger comme tout le monde, aux repas entre amis, ou en soirée, par exemple. Ce n’est pas un problème pour moi, car je me fiche éperdument de ce qu’on va penser. S’il y a de la chair animale (pléonasme), je la refuse et ne mange que la garniture, au risque de paraître impolie. C’est en revanche beaucoup plus compliqué avec mon entourage proche, que je dois toujours rappeler à l’ordre (j’ai pensé à me faire greffer un drapeau « je suis végétarienne » sur la tête). Deux raisons principales sont en cause : le militantisme qui sommeille chez certains omnivores convaincus, et le manque d’habitude des autres vis-à-vis d’une alimentation exempte de produits animaux.

Ma mère est championne dans la première catégorie. A intervalles réguliers, elle essaie de me faire revenir à la « raison » à coup de « Tu sais, j’ai lu un article qui disait que quand on ne mange pas de viande/produits laitiers/enfants vivants, on risque d’avoir des carences en vitamine Z/ de chopper le cancer de l’oreille droite/de voir ses ongles du gros orteil tomber » ou « Tes cousines sont comme toi, elles ne veulent plus manger de viande, eh bien Machin-leur-père-qui-est-médecin n’est pas d’accord, il dit que ce n’est pas bon du tout ». Je rétroque donc que l’avis d’un médecin (formaté qui plus est par l’université de médecine, au sein de laquelle on apprend que la viande est indispensable) ne fait pas figure de table de la loi en matière de nutrition, et que tel papier publié dans tel magazine à la mord-moi-le-noeud non plus. Sinon, il faut aussi savoir que quand on est végétarien, on ne peut pas être malade, fatigué ou pas en forme à cause d’un virus, du manque de sommeil ou du changement de saison : non, si on est malade ou raplapla, la raison en est TOUJOURS notre mode d’alimentation qui nous carence.

La non acquisition d’automatisme végétaliens, qui découle d’un manque de réflexion ou d’information en la matière, est également vicieux : si plus personne ne songe à m’offrir un bloc de foie gras, on pense par exemple me faire plaisir en m’offrant des biscuits « pur beurre » achetés lors d’une escapade en Normandie. J’ai pris le parti d’accepter un tel cadeau s’il provient d’une personne pas totalement au fait de mes convictions, tout en lui rappelant que je ne mange pas de beurre et en expliquant ce que je pense de l’exploitation animale. En revanche, je vais finir par sérieusement m’énerver contre les très proches qui omettent de réfléchir,  me rapportent un produit suspect et m’affirment en levant les yeux au ciel qu’on a le droit de faire une exception de temps en temps. Ben oui, moi je suis contre la peine de mort, mais bon, guillotiner quelqu’un de temps en temps, après tout, pourquoi pas, hum?

Forte de six mois de recul, je pense que pour devenir végétar/lien, il faut absolument être doté de nerfs solides et d’une pédagogie à toute épreuve – surtout quand votre propre mère, à qui vous confiez qu’il est extrèmement difficile d’être végétalien en France, vous assène un tonitruant  » Eh oui, tu ne peux pas ! ». Mais si, maman, on peut, je t’assure.

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6 réflexions sur “Six mois de végétarisme : le bilan.

  1. SonicWars dit :

    Les six premiers mois, les gens pensent que ça va passer. Au bout d’un an, ils disent « ah, mais ça fait pas longtemps ». Après, ils n’osent plus rien dire. Forcément.

    • La Chatte dit :

      Eh eh ! Je constaterai ça sur le long terme (à moins que je ne me remette à dévorer des mammifères entre-temps, ce dont je doute fortement).

  2. Ginger dit :

    Il y’a 10 ans, ma mère foutait en douce du jus de viande dans les assiettes qu’elle tenait absolument à me préparer. Il y’a quelques semaines, j’ai reçu un texto « olala je regarde le documentaire d’Envoyé Spécial, c’est affreux. Je suis fière que tu sois végétarienne ». Yep.

    Pour les fêtes, tu peux gruger tes proches avec du « faux gras », ça fait une occasion de leur retourner leurs commentaires 😉

    • La Chatte dit :

      Tiens, la mienne c’était les oeufs dans la purée, ni vue ni connue ! J’te jure… Eh bien j’attends le jour où elle sera fière que je sois végé, pour l’instant ça lui apparaît comme une façon étrange de se compliquer la vie.

  3. Mel dit :

    Oui les critiques du genre « c’est naturel de manger de la viande » ou « moi je ne pourrais pas m’en passer » ou « fais attention à ne pas avoir de carances » de ses proches sont pénibles à entendre et il faut beaucoup de patience et de calme !! Je me demande parfois comment font les autres (végétariens + végétaliens), merci pour ton articles, ça m’encourage à faire face à ces reflexions !

    • La Chatte dit :

      L’obsession de la carence me tape sur les nerfs : ce n’est pas comme si TOUT ce dont on avait besoin se trouvait dans la viande. Les personnes qui en mangent ne semblent pas se douter une seule seconde qu’on peut être carencé en autre chose qu’en protéine, qu’il peut nous manquer des vitamine, des minéraux, brefs, des trucs qu’on trouve dans les végétaux par exemple. Quand des personnes qui bouffent steak-frites ou pizzas à longueur de temps me parlent de carence, j’ai envie de rire, parce que je préfère ne pas imaginer l’état de leur organisme.

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