Les animaux ne souffrent pas à l’abattoir : une chronique édifiante.

En faisant quelques recherches sur le végétalisme, je suis tombée sur une chronique d’un abonné du Monde, vétérinaire retraité de son état, datée de 2011. Je n’ai pas pu résister à vous la faire partager tant les bras m’en sont tombés.

« On a le droit de ne pas vouloir manger de viande, et d’essayer de convaincre ses semblables d’en faire autant. Un certain nombre d’arguments ne résistent cependant pas à une réflexion sérieuse. »

Ne pas manger de viande, ce n’est pas sérieux. Ça commence bien.

« Le premier concerne la souffrance des animaux d’abattoir. Au cours de ma carrière professionnelle de vétérinaire, j’effectuais, à côté de mon activité libérale, des vacations comme vétérinaire-inspecteur en abattoir. Cela consiste à contrôler l’hygiène de l’établissement, la salubrité des viandes livrées à la consommation, et aussi, j’y étais très attaché, à protéger les animaux contre toute souffrance. En presque trente ans, je n’ai eu à intervenir que deux fois dans ce dernier domaine, la dernière fois il y a plus de quinze ans. »

En quinze ans, deux interventions seulement pour protéger les animaux contre la souffrance (physique) à l’abattoir. Il faudra déjà m’expliquer comment quantifie-t-on la souffrance d’un animal et à quel moment les Hommes (qui ne sont pas l’animal) décident pour ce dernier si, à un moment, il souffre. Par ailleurs, il n’est question ici ni de la souffrance psychologique, ni de la souffrance engendrée par les conditions d’élevage. Qu’on se le dise, une vache laitière qui a été inséminée des dizaines de fois, qui a mis bas autant de fois, à qui on a enlevé son veau autant de fois, dont on a tiré le lait sans répit durant plusieurs années pendant qu’elle se tenait sans bouger dans un box et qui finit en steak à l’âge de quatre ou cinq ans quand son corps est épuisé et qu’elle est devenue non rentable, HEUREUSEMENT, ne souffre pas à l’abattoir. Même chose pour le porc elevé sur plancher qui n’a jamais vu la lumière du jour, ou pour la poule elevée dans de minuscules cages. Et bien,  je suis convaincue, dès demain je me remets à manger de la viande !

« Le spectacle d’une salle d’abattage n’est certes pas réjouissant: on assomme, on donne la mort, les sangs coulent à flots, mais je vous garantis qu’on n’entend pas un cri. »
Ah, nous y voilà : on décide que l’animal ne souffre pas car il ne crie pas. C’est bien connu, la preuve tangible de la souffrance, c’est le cri. La preuve que les poissons ne souffrent pas quand un hameçon les transperce ou qu’ils agonisent hors de l’eau, d’ailleurs, c’est qu’ils ne crient pas. J’en déduis que quelqu’un qui est violé ou battu à mort et qui ne crie pas ne souffre pas non plus. Les êtres vivants tétanisés par la peur ne souffrent pas quand on les blesse, pour preuve, ils n’ouvrent pas la bouche. On peut assommer, abattre, faire jaillir le sang, mais tant que tout ça est fait dans le silence, il n’y a aucun problème.
« J’ose même dire que la mort à l’abattoir est la seule qui survienne sans souffrance : les animaux de compagnie que l’on euthanasie certes ne souffrent pas dans leurs derniers instants, mais ce sont des malades en fin de vie sur lesquels on a légitimement tenté des traitements avant de se résigner à l’irréversible. »
On tue les animaux sans souffrance.
On tue les animaux sans souffrance.
ON TUE LES ANIMAUX SANS SOUFFRANCE !!!!
Là, je suis tellement aterrée que je poste simplement cette video d’abattage de bovins, en France, effecté selon « les règles de l’art ». Les animaux qu’on y voit ne souffrent pas. On les fait attendre dans des couloirs avant de les mettre à mort, on les pend par les pattes, on leur tranche la gorge, ils se vident de leur sang, mais ils ne souffrent pas. Le boeuf sonné qui convulse à 5″39,  qui tente ensuite de se dégager du lien qui lui entoure la patte, dont la langue pend en dehors de la bouche, ne souffre pas non plus, j’imagine qu’il effectue un petit pas de twist.

« Un deuxième argument voudrait qu’au-delà de ce problème de souffrance, on considère que le seul fait de tuer un animal pour s’en nourrir serait immoral parce que toute vie est sacrée. Et qu’en plus nourrir tous ces animaux est écologiquement très coûteux. »

Le « sacré » n’a rien à voir là-dedans, on peut trouver immoral de tuer un être vivant non pas parce que la vie est « sacrée », mais parce que la vie est vie, simplement. Par ailleurs, qu’ on refuse de tuer des Hommes par morale, c’est normal, mais dès lors qu’on refuserait de tuer un animal pour la même raison, on serait un illuminé. La morale, étrangement, s’arrête aux frontières de l’humanité. Personne, tout aussi étrangement, n’a jamais été capable d’expliquer pourquoi.

« Les défenseurs de cette thèse admettent néanmoins que l’on complète son alimentation par des produits lactés et des œufs. »

Parce que vous connaissez TOUS les défenseurs de cette thèse? Nous sommes nombreux à ne pas admettre non plus qu’on se nourrisse d’oeufs et de lait.

« Alors ceci : pour faire du lait, et pour renouveler un cheptel, il faut bien qu’une vache (ou une chèvre, ou une brebis) accouche de temps en temps. De femelles, mais aussi de mâles. Or ces mâles sont à 95 % des bouches inutiles dans un troupeau : qu’en fait-on ? On les laisse vivre et on les nourrit, avec les femelles en fin de carrière (mais pas mortes pour autant) en multipliant par plus de deux la consommation de fourrage et l’impact sur l’environnement ? Pour info, ça vit longtemps, un taureau ! Idem pour les œufs : la moitié des poussins donnent des coqs, et un coq aussi, ça vit longtemps ! On voit bien que la seule façon d’échapper à cette situation absurde serait alors le végétarisme pur et dur : le végétalisme. »

Nous voilà dans un scénario de fiction dans lequel on élèverait des animaux non plus pour leur viande, mais seulement pour leur lait ou leurs oeufs – un scénario horrible où on serait obligé de nourrir des animaux vivants qui ne servent à rien, ce qui aurait un impact absolument terrible sur l’environnement. Je suis tout de même presque amusée de constater que détruire l’environnement pour élever des animaux qu’on va abattre (donc, qui nous seront utiles) comme c’est le cas actuellement, est moins dramatique apparement que de détruire l’environnement pour entretenir des animaux que nous aurions fait naître, dans le seul but (inutile) de les garder vivants. C’est vrai que ce serait un comble de pourrir la planète pour laisser vivre des êtres qu’on a fait naître, tout de même ! Quitte à pourrir l’environnement, au moins, que ce soit pour remplir nos petits estomacs. Si ce n’est pas de l’anthropocentrisme, je ne sais pas ce que c’est …

Mieux vaut donc continuer à abattre les animaux, car sinon, nous serions forcés de tous devenir végétaliens ! Et oui, le végétalisme (horreur) est la seule issue à ce scénario absurde : ne pas manger de viande ne suffit en effet pas, il ne faut pas consommer de produits animaux du tout – ou comment l’auteur a inventé l’eau chaude. Il est évident que pour stopper l’exploitation animale et supprimer l’empreinte écologique de l’élevage, il faut cesser totalement de consommer des produits animaux, lait et oeufs compris. En revanche, la mauvaise foi de l’auteur réside dans le fait de souligner l’absurdité d’élever des animaux simplement pour leur lait et non leur viande : nourrir les bouches « inutiles » (les mâles) des élevages serait-il, en soi, réellement plus absurde que de perpétuer les mises à mort animales actuelles? La surpopulation animale (qui incomberait alors à l’Homme) semble être inadmissible, et l’holocauste organisé lui serait largement préférable. Par ailleurs, nous, humains, ne sommes-nous pas tous des bouches inutiles (notre lait ne sert même pas aux autres êtres vivants), qui donnons naissance à des enfants en toute conscience et pourrissons la planète en toute conscience également? Ça vit longtemps aussi, un Homme, et contrairement à un taureau, ça produit des déchets non compostables, ça déforeste…

Au lieu donc de fustiger à coup de scénarios fictifs les végétariens, qui ont au moins le mérite à leur petite échelle de faire diminuer la consommation globale de viande (laquelle a un impact positif sur l’environnement) et de penser à la souffrance animale (certes de façon incomplète et limitée – mais peut-être sont-ils simplement mal renseignés), je conseille à l’auteur de regarder dans son assiette d’omnivore militant, qui cautionne un système encore plus absurde que celui qu’il dénonce, engendrant à la fois pollution ET souffrance animale.

« On m’enseignait jadis que le meilleur moyen de respecter les animaux d’élevage était de leur offrir des conditions de vie aussi proches que possible de celles qui leur sont naturelles. »

Je ne sais qui est ce « on » qui enseignait de telles inepties, mais un animal d’élevage a été crée par et pour l’Homme, et je ne vois pas où sont les conditions de vies « naturelles » là-dedans. La meilleure façon de respecter les animaux, c’est de ne pas en faire des animaux d’élevage, de cesser de faire naître des êtres vivants pour notre bon plaisir, et de les laisser vivre. Respecter le vivant, c’est le laisser en vie et le protéger quand on a les moyens de le faire, et l’Homme (celui des pays développés du moins) a les moyens de le faire.

« Cela devrait valoir aussi pour les animaux que nous sommes. Qu’on le veuille ou non, nous sommes des omnivores : la preuve en est que par-delà des comportements individuels… les populations qui voient leur niveau de vie s’améliorer augmentent immédiatement leur consommation de viande. Et en tant qu’omnivores, nous avons droit nous aussi à ce que l’on respecte ce que nous sommes. »

Arguments fallacieux et totalement édifiants, avec pour base la fameuse convocation de la « nature » humaine intangible.

« Qu’on le veuille ou non, nous sommes des omnivores » :  amis végétaliens, j’ai le regret de vous annoncer que malgré vos efforts pour ne plus manger de produits animaux et votre volonté féroce de ne plus être omnivores, vous l’êtes tout de même. Désolée, vraiment, on ne peut pas lutter contre sa nature, et toute votre éthique ne suffira pas à faire de vous des mangeurs de végétaux : vous êtes OMNIVORES, on vous dit, c’est dans le gènes, et ne pas être omnivore, c’est brimer la nature profonde de l’Homme qui est en vous. La preuve de tout ça, c’est que quand une population s’enrichit, elle mange davantage de viande.

M. Bretin, pour votre gouverne, l’Homme, comme nous le prouve son anatomie (la longueur de son intestin, sa machoire et la forme de ses dents, par exemple) est physiologiquement un frugivore. L’abus de viande, comme vous le savez, est à l’origine de maladies mortelles, alors que l’abus de végétaux nous collera au pire de bons gros maux de ventre. Et quand bien même l’Homme mangerait « naturellement » de la viande, dois-je vous rappeler que dans la mesure où 1/ nous sommes des êtres de culture, et où 2/ nous pouvons nous passer de viande en absorbant via d’autres aliments les nutriments qu’elle nous apporte, pourquoi devrait-on, sous prétexte d’une « nature » (non avérée), continuer à en manger quand  toutes les études sérieuses prouvent qu’avec l’élevage intensif, nous courons à la catastrophe écologique? C’est bien beau de défendre un élevage raisonné, mais si chacun à travers le monde souhaitait manger de la viande comme vous le faites (je vous rappelle que nous sommes plus de 7 milliards sur terre), pensez-vous réellement que nous parviendrions à échapper à un élevage industriel dans lequel les animaux ne sont que des machines? Soyons sérieux.

Sinon, j’ai moi aussi j’ai une preuve indiscutable : quand une population s’enrichit, elle consomme davantage d’iPhone, d’ordinateurs, de voitures. Par nature, l’Homme est donc fait pour consommer des nouvelles technologies. Ça vous semble idiot? Ça l’est, tout autant que l’argument de l’auteur. C’est parce que la viande est une denrée chère et quelle est vue comme l’apanage des riches que les populations qui s’enrichissent en consomment davantage, et pas parce qu’elles comblent alors un besoin « naturel » et « primaire », que leur statut d’anciens pauvres ne pouvait satisfaire. Si demain la viande était accessible à tous et que les légumes devenaient un luxe, on verrait les populations enrichies augmenter leur consommation de haricots verts et de carottes. L’alimentation répond aux même règles que les autres denrées consommables : plus on s’enrichit, plus on consomme ce qui est considéré comme luxueux. Le rapport entre richesse et consommation de viande comme preuve de la nature omnivore de l’Homme est ridicule, et le postulat selon lequel les comportements collectifs de l’Homme sont imputables à sa nature plutôt qu’à des aspects culturels partagés l’est tout autant.

Par ailleurs, on apprend dans ce passage que l’Homme est un animal. J’en déduis qu’on peut donc l’élever et l’abattre (sans souffrance) sans que cela soit immoral, hein, M. Bretin?

« Non, il n’est pas immoral de manger de la viande. Non plus, il n’est pas inhumain d’élever et d’abattre des animaux pour s’en nourrir. »

Pour de nombreuses personnes, il est immoral de manger de la viande et inhumain d’élever des animaux pour les abattre et s’en nourrir. Qui êtes-vous pour dicter une morale humaine globale ?

À condition de respecter l’animal du début à la fin de sa vie.

Elever un animal dans de bonnes conditions pour l’abattre à la fin, c’est le respecter. CQFD.

Et là, je le concède, il y a souvent des progrès à faire.

Rhooo,  voyons, si peu, vous exagérez !

Publicités

5 réflexions sur “Les animaux ne souffrent pas à l’abattoir : une chronique édifiante.

    • La Chatte dit :

      Non, c’est une chronique en ligne d’un abonné (j’ai inséré le lien). Cela étant, de « vrais » articles tout aussi crétins sortent parfois dans des journaux ou magazines de renoms.

  1. Hypathie dit :

    A propos d’omnivore : effectivement les humains sont omnivores. Ça veut dire qu’il peuvent manger de tout (quitte à s’en faire péter les boyaux, d’ailleurs !), mais ça veut aussi dire qu’ils ont le choix : pouvoir ne veut pas dire devoir. On peut manger de tout, donc on a le choix de manger ce qu’on veut dans un large éventail de propositions. Un carnivore DOIT manger de la viande, il n’a pas le choix, autrement il est carencé en taurine, sauf à vivre dans une société humaine où artificiellement, il va être supplémenté en taurine dans ses croquettes végétariennes, par ex. Je connais des chats qui vivent ainsi très bien chez des maîtres vegans qui font très attention, quand même, au bien-être de leurs chats !

    • La Chatte dit :

      Exactement, ils PEUVENT, le cas échéant, manger de tout, et c’est bien de le préciser. C’est pour cela qu’on s’est adaptés à la fois au Pôle Nord et dans des régions pauvres en gibier, et qu’on a survécu dans les deux cas.
      A présent qu’on adapte l’environnement à nous et qu’on n’est plus contraint de s’adapter à lui, on a le choix. Mais beaucoup refusent cette notion de choix, comme si la viande était une obligation génétique.
      Pour les chats, je n’ai jamais osé donné au mien des croquettes végé supplémentées en taurine, car j’avais lu sur un forum que le taux de taurine n’était pas assez élevé dans certaines marques. Je n’ai jamais su si c’était vrai, alors dans le doute, je me suis abstenue.

  2. Lasram dit :


    l’abattoir est un endroit cruel plus que ça en fait !!!! et voila la preuve !! je suis tout à fait contre l’abattoir !!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s