Les femmes sont des connes. Surtout les féministes.

NB : j’ai reçu et continue de recevoir pour cet article un nombre de commentaires parfaitement édifiants de femmes outrées croyant avoir à faire à un blog mascu, et de mascu croyant avoir trouvé un héraut de leur pathétique cause. Je suis bien désolée d’avoir à préciser ce qui suit : « Les gens, vous êtes sur un blog féministe, ceci est un article IRONIQUE dénonçant le discours des masculinistes ». Allez, de rien, et bisous hein – mais de grâce, réfléchissez deux secondes avant de sauter sur votre clavier, c’est désolant d’avoir à brandir la pancarte « second degré inside ». Vous ne seriez pas du genre à prendre au premier degré les articles du gorafi , par hasard  ? Des câlins à ceux qui ont compris, merci à eux. ❤

Les femmes, ces connes, croient qu’elles sont dominées, alors que dans nos sociétés elles ont tous les pouvoirs : elles ont le choix dans les magasins; elles ont l’avantage sur nous en matière de séduction et elles l’utilisent pour nous manipuler et se faire entretenir ; elles arrivent même parfois à nous faire payer pour baiser, rendez-vous compte à quel point elles sont puissantes. Elles ont le droit de coucher avec qui elles veulent et de le crier sur les toits sans être considérées comme des salopes, sont payées autant que nous, elles font même de la politique sans qu’on mentionne à chaque fois la couleur de leurs escarpins ou qu’on les siffle quand elles portent une robe dans l’hémicycle, qu’est-ce qu’elles veulent de plus?

Et bien elles veulent nous castrer, parce que ça ne leur suffit pas d’avoir instauré un matriarcat. Alors en plus d’être femmes, elles deviennent féministes. Les féministes, ce sont les pires.

Les féministes sont mal baisées, elle sont d’ailleurs devenues féministes parce qu’elle n’ont jamais reçu un bon coup de trique. Elles haïssent les hommes (parce que pas un seul n’a daigné les baiser, évidemment). Elles sont mal baisées parce qu’elles sont moches, poilues (l’épilation c’est mal), grosses (grosses et moches, c’est un pléonasme d’ailleurs) ou plates comme des planches à pain (une femme sans seins, c’est pas une femme).

Les féministes sont vraiment connes, car elles se trompent de combat. Elles s’insurgent comme quoi elles seraient des objets, mais attend, moi aussi je voudrais bien être un objet de désir, me voir à poil sur les affiches avec un air de gros cochon, me faire harceler dans la rue, me faire mettre la main au cul par ma patronne, me faire appeler par mon prénom d’un air condescendant quand je dois lui donner du « madame »; me faire prendre pour un bout de viande et qu’on me renvoie tous les jours à la gueule que je suis une bite sur pattes. Etre violé, même, j’aimerais, ça prouverait que je suis désirable. Vraiment, je ne demande que ça. Ça et ne pas me faire embaucher parce que je risque de tomber enceinte. Parce que déjà, elles peuvent tomber enceintes, c’est un privilège, et encore elles se plaignent, ces imbéciles, comme si on pouvait avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière.

Elles voient pas qu’il y a des combats plus urgents? Elles voient pas que dans d’autres pays il y a la charia? Hein? Moi d’ailleurs pour les victimes de la charia je… Ah ben non je fais rien, en fait, je me bouge pas le cul. Mais bon, c’est bien de leur rappeler qu’il y a plus mal loties qu’elles, tu vois, parce que ça les fait culpabiliser et puis elles commencent à nous emmerder avec leurs revendications. Elles ne trouvent rien de mieux à faire que montrer leurs seins (celles qui en ont, merde, je viens de dire qu’elles n’en avaient pas, sauf les grosses ; mais y’a des FEMEN qui sont pas grosses et drôlement bien gaulées quand même, pas grave, je continue ma démonstration ni vu ni connu), ce qui est parfaitement antiféministe, car tout le monde sait bien que les seins n’ont qu’une seule utilité : se faire mater par les mecs (ou les lesbiennes, comme Simone de Beauvoir).

Parlons-en des lesbiennes d’ailleurs. Celles-là, elles n’ont jamais goûté non plus à un bon coup de trique, sinon elles ne seraient pas lesbienne. Et puis du sexe sans pénétration, c’est du sexe incomplet. La preuve, c’est que plein de lesbiennes utilisent des godes. CQFD. Si elles étaient un peu moins connes, elles préfèreraient les mecs avec une vraie bite. Enfin les hétéros, hein, parce que les pédés, ils ont une bite mais quand tu vois où ils la mettent… C’est dégueulasse, je veux même pas y penser. Pas que j’aime pas la sodo, hein, j’adore, mais quand même dans un cul de femme, c’est plus normal, c’est fait pour ça. Pourquoi? Ben parce que c’est comme ça, c’est tout, c’est la nature, la biologie, t’as pas fini de m’emmerder avec tes questions?

Puis pour nous les hommes, c’est dur. On souffre. On est obligés de se raser tous les matins. Puis on doit toujours se montrer fort, c’est épuisant. On doit aussi être riche, parce que sinon les femmes ne nous jettent pas un regard. Si tu ne peux pas leur apporter la sécurité financière, elles te snobent ces grognasses, parce qu’elles pensent qu’elles sont faibles et qu’on doit leur offrir des bagues en diamant et des fleurs à la St Valentin. Elles sont toutes comme ça. Et si on doit répondre à toutes ces injonctions débiles, c’est uniquement à cause des femmes. Parce que la société, ce sont les femmes qui la dirigent; les règles sociales, ce sont les femmes qui les ont créées. Rien que pour nous emmerder, depuis des millénaires. Si elles avaient dû mourir à la guerre au lieu des rester au chaud à la maison à faire la popote, sans bosser, tu verrais qu’elles feraient moins les fières. Mais elles ont toujours été du bon côté de la barrière, elle en ont rien à foutre.

Le seul pouvoir qu’on a, c’est la garde des enfants, parce que la justice est sexiste – et pour une fois le pompon c’est pour bibi. C’est parfois un peu difficile parce qu’il y en a qui se barrent sans reconnaitre les mômes; elles sont peu nombreuses à payer la pension alimentaire et on bosse souvent à mi-temps, aussi, mais on se débrouille quand même. Heureusement on leur fait tous des coups bas, on les dépouille alors qu’elles sont déjà à sec, on leur interdit de voir les gosses. Pas qu’elles soient toutes violentes avec les gamins et avec nous, non, il y en a qui n’ont rien fait du tout, qui sont de bonne mères, même. Mais on aime bien leur en faire baver, alors comme on a la justice patriarcale de notre côté, on les fait chier jusqu’au bout. On fait tous ça. Absolument TOUS, juste parce qu’on est des hommes. Et ce que veulent les hommes, sans exception, c’est nuire aux femmes.

Je vais te dire, je les déteste, on serait beaucoup mieux sans elles. A part pour baiser, je sais pas trop comment on ferait. On irait aux putes, remarque, ce ne sont pas des femmes, elles. Et surtout pas des féministes : elles aiment trop écarter les jambes pour ça.

Signé : un homme, un mascu, un vrai

Pourquoi je suis (dans l’idéal) abolitionniste.

Je suis, dans l’idéal, abolitionniste. Je suis donc pour l’abolition de toute forme de prostitution, qu’elle soit subie (c’est la majorité des cas) ou « choisie » (mettons-nous d’accord, dans la majorité des cas il s’agit d’un choix économique. Pour un témoignage à propos de la prostitution « choisie », je vous renvoie par exemple chez Mélange Instable).

Je me demande encore comment un être humain peut avoir ne serait-ce que l’idée d’acheter (ou plutôt louer, pour le coup) le corps et le sexe d’un autre. Certains avancent l’argument suivant : « Dans ce cas, interdisons le travail de caissière/femme de ménage, car c’est la même chose, les patrons usent du cerveau et du corps de leurs employés de manière différente ». Sur le fond, je suis d’accord : je suis personnellement contre le fait qu’une personne doive toute sa vie durant occuper un emploi abrutissant de caissière, c’est pourquoi je suis en faveur d’un revenu universel garanti, seule alternative, selon moi, à un modèle de société qui marche sur la tête. De l’autre côté, il s’agit d’un argument qui suinte en général la mauvaise foi, car il insinue qu’être caissière ou prostituée, grosse modo, c’est la même chose. Si c’était vrai, toutes les caissières se prostitueraient, puisqu’ à la fois c’est « la même chose » et qu’en plus « on gagne davantage » (juste en écartant les jambes, rendez-vous compte comme c’est simple, hein). Or, tout le monde sait bien que ce n’est pas la même chose. A part ça, j’aimerais également bien voir ceux qui défendent leur droit à aller voir des prostituées et le droit d’une société à cautionner la prostitution aller se prostituer eux-mêmes, puisque  tu comprends, c’est un métier comme un autre, et moi les putes je les respecte, etc..

Si on me demandait mon avis, je dirais évidement qu’il faut non pas interdire la prostitution, mais interdire de s’offrir les services d’une prostituée. Comment contrôler ça dans les faits? Je ne sais pas : c’est bien là que le bât blesse, c’est là la limite des campagnes abolitionnistes. Comment abolir la prostitution dans un système social tel que le nôtre, capitaliste et patriarcal? La question de la suppression de la prostitution doit interroger en parallèle les fondements de notre système social et de notre système de pensée, ce n’est pas une bête question d’interdire pour interdire, ou de moralisme sexuel. Une société qui accepterait sans rechigner d’éradiquer la prostitution serait une société qui aurait pré-acquis un véritable sens de l’égalité sexuelle et humaine. C’est aussi pour ça qu’on est mal barrés. Notre société est trop pleine d’inégalités sociales et sexuelles pour que la question de l’abolition ne provoque pas de tollé, que les abolitionnistes ne se fassent pas traiter de coincés du cul, de bobos bien pensants ou de fascistes liberticides. Peut-être n’avons nous pas encore non plus les moyens de mettre en place des alternatives, car évidemment, dans l’idéal, une société qui veut abolir la prostitution doit s’en donner les moyens. Il ne suffit pas de pondre une loi, mais il serait bon d’élaborer de vrais programmes de reconversion pour les prostitué(e)s (on peut aussi proposer une solution aux licenciés des usines délocalisées au Vietnam, en passant, parce que ce seront peut-être ces chômeuses là qui tomberont dans la prostitution). Sinon, c’est un coup dans l’eau. Celles et ceux qui n’ont pas le choix économiquement continueront à s’y livrer.

Que faire, donc? Si je doute fort de l’utilité d’une amende et la possibilité de pénaliser les clients (on se demande bien quels moyens utiliser : demander à chaque prostituée de se déclarer et poster un flic derrière elle? Soyons sérieux.), je pense néanmoins qu’il est nécessaire de faire passer d’une manière ou d’une autre le message suivant : NON, cet être humain là n’est pas une enveloppe de chair que tu peux utiliser à ta guise, et même s’il veut bien se vendre à toi car il a besoin d’argent, tu ne peux pas l’acheter, c’est interdit. On ne peut pas convoquer tous les clients potentiels en réunion pour leur expliquer qu’acheter de la baise sur contrat, c’est merdique, que c’est cautionner un système pourri qui accepte qu’une fille se vende pour ne pas crever de faim, et qu’être à l’aise avec ça comme si on n’y était pour rien, c’est faire taire de façon minable sa mauvaise conscience. La solution est sans doute dans l’éducation : au féminisme, mais également aux rapports de pouvoirs et de domination en général (c’est un pléonasme, le féminisme contient tous ces aspects).

La précarité est l’argument central du discours anti-abolitionniste : que vont devenir les prostituées si elles n’ont plus de clients? C’est en effet une question cruciale, cela étant, je trouve qu’elle témoigne souvent d’une mauvaise foi hallucinante. A chaque fois que je lis les commentaires des articles traitant de la question de la prostitution, je retrouve toujours la même rengaine : les internautes s’insurgent de la future précarité des prostituées. Sauf qu’il ne faut pas me la faire : l’internaute lambda prêt à défendre le droit des putes à vendre leur cul, en temps normal, se fout absolument de la précarité de la prostituée – et il semble oublier que la prostituée est DEJA dans la précarité. Cet argument profite bien aux clients, qui doivent être le premier à le brandir pour défendre leur sacro-saint droit à aller se « taper une pute ». On vit dans une société de profit, dans laquelle on délocalise/ferme des usines ou des entreprises, laissant des tas de chômeurs sur le carreau. Les laissés-pour-compte font comme ils peuvent, et ça ne provoque par de tollé national, juste, parfois, un minimum d’indignation. Que deviennent les ouvriers quand ils n’ont plus d’usine? Tout le monde s’en fout. Quand on touche à la prostitution, c’est la levée de bouclier, alors que c’est exactement la même chose, dans le fond. Si on interdit d’acheter du sexe, ça fera des chômeuses, mais qu’on ne me dise pas que ça empêche tout le monde de dormir. Quel est le problème, alors? Mon petit doigt me dit que le débat sur la prostitution touche aux fondements du patriarcat. Et ça ma bonne dame, il y en a plein que ça emmerde.

Le fait que les prostitueurs sont quasi tous des hommes devrait tout de même nous faire tiquer. La prostitution est un phénomène sexo-spécifique. Elle est une manifestation, en particulier, de la domination sociale et sexuelle des hommes sur les femmes et, en général, de ceux qui ont de l’argent sur ceux qui en ont un besoin impératif. Elle est la résultante et la manifestation la plus extrême (et la plus visible) d’une société patriarcale, marchande et inégalitaire qui trouve normal qu’un corps humain puisse être acheté (avec de l’argent, des cadeaux, ou autre). Parce qu’en soi, faire une gâterie à son mec, non pas parce qu’on en a envie, mais pour qu’il soit disposé à vous offrir ceci ou cela (parce que bon, c’est l’homme qui paie, c’est normal tu vois), c’est exactement la même chose, avec une différence de niveau – les « sentiments » en plus et l’impératif de survie en moins. Au risque de choquer, je pense que tant que la pipe intéressée sera considérée comme normale, la prostitution le sera sans doute aussi, et vice versa, parce qu’on trouve normal que le sexe fasse partie d’un échange marchand et que le corps des femmes et/ou des faibles soit potentiellement à disposition de tous les autres (en gros, les hommes et/ou puissants). Notre système de pensée et notre système social est pourri jusqu’à l’os, on accepte depuis des lustres que certains se vendent pour satisfaire les désirs de ceux qui ont été conditionnés pour réclamer satisfaction – et qu’on a été conditionné à devoir satisfaire.

Il est épineux de raisonner en termes abstraits, car la prostitution est tout sauf une abstraction pour ceux qui la vivent. Pour moi la prostitution est clairement un symptôme d’une société de classes, patriarcale, capitaliste et désolidarisée. Tout ce qui me défrise, en fait, un mélange de domination sexuelle et économique, d’individualisme et de réification de l’autre. C’est d’ailleurs pourquoi je n’arrive pas, mais vraiment pas à comprendre comment le NPA peut pondre un article comme celui-ci. La prostitution est culturelle, c’est une invention du patriarcat, un commerce laissé à celles et ceux qui ne peuvent rien pratiquer d’autre (à lire, cet article). Ce n’est pas le « plus vieux métier du monde », pour reprendre ce cliché débile et infondé, ça ne répond pas à non plus un « besoin social ». C’est comme si on disait que tel produit non vital mis sur le marché répondait à un besoin social, alors que si on le retirait du marché, plus personne n’en achèterait et ce serait comme ça. Parce que non, le sexe consommé via la prostitution, ce n’est pas vital, c’est un peu comme les home-cinema, c’est un luxe qu’on se paie quand on a des thunes à claquer. Sauf qu’un être humain, ce n’est pas un écran plasma, même si on envie d’en faire un objet qui ferme sa gueule et fait ce qu’on lui demande.

Si la prostitution répondait vraiment à un « besoin social », il y aurait aussi des masses de prostitués pour les femmes (certes, les gigolos existent, mais ils sont peu nombreux en comparaison, ça aussi c’est un argument de mauvaise foi). Et pourquoi y’en a pas, ma bonne Lucette? Parce que la prostitution répond à l’assouvissement non pas d’un « besoin social », mais d’une envie masculine, si tu saisis la nuance. Oui, le social, c’est toujours masculin, bizarrement. On arrive au fameux argument de la pulsion masculine irrépressible et autres « si on interdit la prostitution, le nombre de viols va augmenter, les hommes deviendront des prédateurs affamés », bref on a saisi l’idée (les hommes sont incapables de se tenir dis donc, ils sont pire que des bêtes). Les « pulsions » de l’homme, c’est de la foutaise qui dissimule une vérité toute simple : on a éduqué les hommes à manifester leur désir, et les femmes à le retenir. Et ce n’est pas parce qu’une femme n’a pas visiblement la trique (c’est pas de notre faute, hein, on est faites comme ça) qu’elle a moins envie de sexe, ou qu’elle a un besoin impératif de sentiments pour baiser. Ça, se sont des constructions culturelles qu’on peut déconstruire. Ce n’est pas parce qu’on souhaite qu’un désir soit satisfait que la société doit cautionner ça. Parfois je suis tellement en colère que j’ai envie de me défouler sur quelqu’un, mais ça ne me viendrait pas à l’idée de payer une personne, même consentante, pour lui défoncer la gueule. La loi considèrerait d’ailleurs que je porte atteinte à l’intégrité d’autrui. Mais la prostitution, c’est pas pareil. La prostitution, c’est NORMAL (tu l’interroges, là, ton rapport à la normalité?). On trouve normal que le corps d’une partie de l’humanité soit potentiellement mis à la disposition de l’autre moitié pour qu’elle assouvisse ses désirs. Le corps des femmes DOIT être à disposition, c’est comme ça. Il DOIT y avoir des corps de femmes disponibles contre de l’argent, n’importe quand (de manière générale, même sans contrepartie, les femmes, dans les société patriarcales, sont potentiellement à disposition des hommes, c’est pour ça qu’on nous aborde dans la rue quand on y s’y balade seule ou entre femmes, qu’on insiste pour obtenir nos faveurs, qu’on se permet de nous faire des commentaires à voix haute sur notre physique, que le viol conjugal est reconnu depuis très peu de temps, ou encore qu’on est toutes des salopes potentielles, donc si en plus on nous paie, où est le problème?).

T’as vu la prostitution c’est trop glamour.

Sauf que consommer de la prostitution, on peut s’en passer, et affirmer le contraire, c’est du grand n’importe quoi. Les femmes s’en passent depuis toujours, pourtant (scoop) les femmes aiment autant le sexe que les hommes (si, si, je vous assure). La misère sexuelle est à mon avis un faux argument, comme si tous les clients étaient de pauvres hommes délaissés de la quéquette. Et si misère sexuelle il y a parfois, tant pis. Les miséreux sexuels seront laissés pour compte. C’est triste pour eux, mais si c’est le prix à payer pour une société sans prostitution, il est bien maigre. Qu’on ne me ressorte pas non plus l’argument des personnes handicapées qui auraient un besoin impératif de la prostitution, car il s’agit encore et toujours d’hommes. Par ailleurs, tous les handicapés n’ont pas besoin de faire appel à la prostitution pour coucher ou avoir une compagne, merci pour eux. On n’a jamais cherché à soulager les femmes de leur misère sexuelle, et, que je sache, elles n’ont pas mis le pays à feu et à sang pour ça, ne se sont pas entretuées comme des bêtes sauvages sous prétexte qu’elles ne pouvaient pas donner libre court à leurs « pulsions » – car, je me répète, elles ont été éduquées à contenir ces pulsions. Mais on préfère cautionner la prostitution, aveuglé par le mythe du besoin masculin et de la prostituée comme « soupape de sécurité » sociale (il faut que la pute soit là pour que les pulsions des hommes ne soient pas dirigées vers les honnêtes femmes), plutôt que d’éduquer les hommes à contrôler leurs désirs et/ou leur besoin de domination. En fait, on préfère que rien de change, ça remettrait trop de choses en cause, à commencer par la conception qu’on a des rapports entre les sexes.

Je ne veux pas vivre dans une société qui opère un clivage entre les femmes et les putes, avec des putes qui ne sont pas des femmes « comme les autres », mais des morceaux de viande (joliment emballés, mais morceaux de viande tout de même) qu’on peut acheter, un déversoir des désirs, frustrations, fantasmes que l’homme ne peut assouvir avec une « pas pute » (pourquoi, on se le demande, d’ailleurs. C’est si compliqué de parler de ses fantasmes avec son partenaire?). Certains parviennent bien à assouvir leurs fantasmes gratuitement, entre adultes consentants : pourquoi certains types préfèrent payer une femme/un homme à qui, au pire, ils inspirent du dégoût ou qui, au mieux, n’en a rien à foutre d’eux (parce que non, client, la prostituée, en général, ne s’intéresse pas à ta vie, elle fait SEMBLANT, tu es peut-être un chic type dans la vie de tous les jours, mais en l’occurrence, là tu es juste un client elle a juste besoin d’argent)? Vraiment, pourquoi? Parce que c’est facile, pas prise de tête, parce que c’est excitant, parce que ça montre que « t’as vu, je fais ce que je veux avec mon argent », ou que « j’ai des couilles », parce que ma femme n’accepte pas la sodo, parce que je suis un mâle et que j’ai des « besoins »? Il faudrait peut-être cesser de faire passer ses « envies » et ses « besoins » avant toute considération éthique, cesser de s’imaginer que parce qu’on paie l’autre on a rempli sa part du contrat, donc on peut fermer les yeux sur tout le reste.

Je ne suis pas abolo par puritanisme, parce que « oh mon Dieu say maaal ». Le sexe, c’est très bien, mais la prostitution c’est du sexe à sens unique.  Si on peut appeler sexe le fait de posséder, ou faire faire ce qu’on veut, à quelqu’un qui ne vous désire pas. J’ai lu, toujours sur le blog de Mélange Instable, le commentaire suivant à l’un de ses articles : « Je me prostituais par amour du sexe facile ». Je ne sais pas si c’est un fake ou pas, mais je suis désolée, 1/ la prostitution, en général, ce n’est pas du sexe « facile » et 2/ on n’a pas besoin de se prostituer pour obtenir facilement du sexe. Je ne perpétuerai pas le mythe (tenace) selon lequel une femme peut avoir quand elle veut le mec qu’elle veut (c’est faux), mais si on passe une annonce pour dire « femme cherche sexe facile gratuitement », il y aura surement des tonnes de réponses. Et si ton fantasme c’est payer/te faire payer pour baiser, tu peux aussi en faire un jeu érotique, à la manière des mises en scène de soumission/domination dans les clubs et donjons SM, où chacun se respecte et où le cadre garantit la sécurité. Evidement, ça nécessite une éducation préalable, en premier lieu celle du respect du désir de son partenaire – cet aspect dont la prostitution est exempte et qui arrange bien les clients, qui paient pour voir leur désir satisfait sans avoir à prendre en compte celui de l’autre.

Si j’entends bien les arguments économiques, si je sais que sans la prostitution certaines femmes ne pourraient actuellement pas survivre, je sais aussi dans quel genre de société j’ai envie de vivre. Et ce n’est pas dans une société réglementariste : je suis absolument contre la réglementation, on a vu ce que ça a donné ailleurs (et si vous ne le savez pas, les chiffres sont disponibles un peu partout sur le net). La réglementation est pour moi la pire des solutions, la moins éthique, la plus inacceptable d’un point de vue institutionnel. Quant à la liberté individuelle restreinte (parce qu’on va évidemment me sortir qu’on doit laisser à ceux qui veulent vendre leur cul la possibilité de le faire en paix), j’ai envie de dire que les lois, en général, restreignent certaines « libertés », c’est le principe. Pour le bien commun, pour faire avancer la société. Je crois que comme toutes les femmes, j’ai déjà pensé à ce que devait être la prostitution (comment c’est/ est-ce que j’en serais capable si un jour../ c’est sûr je trouverais ça horrible/ mais peut-être que ce n’est pas si dur que ça/ et comment elles font, les prostituées, pour supporter ça?/non mais attend c’est dégueulasse/ il y en a peut-être qui aiment ça, après tout? etc., etc.). Et bien rien que le fait d’y avoir pensé est totalement aberrant. Ce que je voudrais, c’est vivre dans une société où, si me venait l’idée de me prostituer, AUCUN homme ne serait prêt à me payer ; une société où ces hommes-là me regarderaient avec des yeux ronds en me traitant de cinglée; une société où ce serait totalement impensable. Je suis convaincue qu’un petit garçon élevé dans une société dans laquelle il n’est même pas pensable de s’offrir du sexe avec de l’argent, voit les femmes d’un oeil tout à fait différent de celui élevé dans un monde où un corps est potentiellement achetable. De même, une petite fille qui grandit dans une société sans prostitution aura une vision d’elle-même bien différente de celle qui sait qu’elle pourrait, potentiellement, se vendre à des hommes pour survivre. Plus encore, je voudrais vivre dans une société dans laquelle l’idée même de me prostituer ne me serait jamais venue à l’esprit. On est d’accord, il y a du boulot.