Les insultes et les coups.

Copyright inconnu

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Elle a appris bien plus tard qu’il était ce qu’on appelle un pervers narcissique. Les premiers signes sont apparus très vite, au bout de quelques jours, sous la forme d’une crise jalousie sans fondement, au cours de laquelle il lui a annoncé très violemment qu’il la quittait. Elle était effondrée, elle l’a supplié de ne pas partir, a cherché à lui faire comprendre que ce n’était qu’un malentendu. Il est revenu. A partir de ce jour, ils ont vécu dans un rapport de force permanent. Sa violence morale à lui s’est tout d’abord manifestée par des rabaissements perpétuels : elle n’était jamais assez bien, toujours trop « commune », « banale », pas assez intelligente, pourvue d’un esprit limité. Paradoxalement, ces phases de dévalorisation alternaient avec d’autres au cours desquelles il la portait aux nues : elle était brillante, elle écrivait magnifiquement bien, elle valait infiniment mieux que lui. Elle aurait dû remarquer plus tôt qu’il n’avait aucune considération pour elle, ni pour quiconque d’ailleurs. Le seul qui comptait à ses yeux, c’était lui.

Les insultes sont venues très vite, doublées d’un comportement paranoïaque. Il était persuadé qu’elle le trompait, voulait tuer tous ses ex. Il lui faisait des esclandres pour un rien, ne montrait aucune empathie quand elle pleurait – il prenait au contraire un malin plaisir à provoquer des crises de larme et à la torturer. Il surveillait ses moindres faits et gestes, si bien qu’elle avait fini par perdre toute spontanéité, calculer tout ce qu’elle faisait par crainte de lui déplaire, se sentir coupable de choses qu’elle n’avait pas faites. Elle ne sait même pas pourquoi elle a accepté de l’accompagner dans son pays d’origine, où elle ne connaissait personne. Elle y a passé l’été le plus angoissant de toute sa vie. C’est là-bas qu’il l’a frappée pour la première fois, elle s’en souviendra toujours. Il l’avait, pour la nième fois, insultée, traitée de « sale » et de « pute ». A bout, elle l’avait giflé. En réponse, elle a reçu un flot d’insultes et une pluie de coups sur la nuque, six au total. Cette nuit-là, elle a quand même dû dormir près de lui, car elle n’avait pas le choix. Elle aurait pu s’enfuir, mais elle n’a pas eu le courage. Et puis pour aller où ? Cet été là son corps a lâché avant sa tête, elle a été victime d’une grosse infection qu’elle a dû faire soigner à l’hôpital. Sa première réaction à lui a été, évidemment, de s’énerver, comme si c’était de sa faute, à elle.

Quand ils sont rentrés en France, elle est restée avec lui. Aussi incroyable que ça puisse paraître, ce genre de personnes fait que  l’autre se sent fautif : on s’imagine mériter ce qu’on subit, parce qu’on est trop ceci, pas assez cela, on croit que c’est notre comportement qui pose problème. Peu à peu, on s’éteint, on perd toute joie de vivre, toute sérénité, toute spontanéité, mais on ne peut pas quitter. On se sent coupable à l’idée de quitter quelqu’un qui sait si bien se traîner à nos genoux après nous avoir insulté(e), on se sent petit(e), sans valeur, fragile.

Ils se sont séparés et remis ensemble un nombre incalculable de fois, elle partait mais finissait toujours par se faire avoir et revenir. Elle persistait à faire croire à ses parents que tout allait à peu près bien. Elle en a voulu après coup à pas mal de monde de n’avoir pas su ou pu la protéger contre lui, mais elle sait que dans ces cas là, on est seul à pouvoir s’aider. Il aura fallu qu’il recommence à la frapper pour qu’elle le quitte, il lui aura fallu attendre qu’il la laisse pisser le sang sur un trottoir après lui avoir cassé le nez et défoncé l’œil pour un motif imaginaire. Il lui aura fallu prendre conscience que la prochaine fois il la tuerait certainement, craindre réellement pour sa survie pour tirer un trait sur cette histoire.

Elle a porté plainte. Après de longs mois il a été condamné à payer des dommages et intérêts. Le plus ironique, c’est qu’elle était revenue tant de fois qu’il ne pouvait pas croire qu’elle partirait pour de bon. Et jusqu’au bout, il n’a pas compris le mal qu’il lui avait fait, jusqu’au bout c’est lui qui s’est érigé en victime. Bizarrement, ce coup de poing a été une délivrance. Dans son malheur elle a eu de la chance. Il n’est pas agréable de se faire frapper, évidemment, mais si sa violence s’était arrêtée à la violence verbale, elle ne s’en serait peut-être jamais sortie. Les coups font mal, mais ce qui détruit le plus, c’est la violence psychologique qui les précède souvent et les accompagne, car elle est insidieuse, invisible (il était si charmant en public) et détruit à petit feu. Certains hommes ou femmes s’en tiennent à cette violence verbale, mais souvent, il s’agit du premier pas vers la violence physique.

Les conseilleurs ne sont jamais les payeurs, mais si elle a une chose à dire aujourd’hui, c’est qu’au moindre signe de maltraitance morale ou physique au sein d’un couple, il faut partir sans se retourner. On ne DOIT PAS accepter de s’éteindre, de passer ses soirées à pleurer, de ne pas être pris en considération, de calculer ses moindre faites et geste, de vivre dans la crainte de déplaire à l’autre, de s’éloigner de ses amis, d’en arriver à croire qu’on ne vaut rien, de perdre sa confiance en soi. Si vous en êtes là, ou même un peu avant, tournez les talons, sans regret, peu importe les sentiments, peu importe la passion, peu importe la bonne entente préalable, peu importe les moments d’accalmie, car vous savez bien que ce ne sont que des gouttes d’eau dans l’océan de violence, d’appréhension et de peur que vous vivez au quotidien. Ce ne sont que des trêves avant le déferlement, encore, des insultes et des coups, avant la prochaine scène où vous vous retrouverez à vous protéger le visage, à faire le dos rond, à l’entendre vous traiter de salope, peut-être même devant les enfants. Avant qu’il s’excuse et pleure de nouveau pour vous faire culpabiliser. Puis recommence à vous insulter/frapper. C’est sans fin.

Partez. Allez chez n’importe qui, vos parents, un(e) ami(e), une tante, une association. Si vous vivez seul(e), fermez-lui votre porte à tout jamais. Faites-le avant de ne plus savoir qui vous êtes, avant de mourir à l’intérieur, avant de vous laisser détruire par un(e) con(ne) qui comble ses propres failles narcissiques en vous prenant pour un punching-ball ou des chiottes publiques. En ce qui la concerne, tout ça s’est passé il y a presque huit ans, elle a depuis rencontré et aimé des hommes merveilleux. Si quelqu’un vous fait croire que personne à part lui/elle ne peut vous aimer, qu’il/elle est ce qui vous est arrivé de mieux, que jamais vous ne pourrez trouver quelqu’un qui vous aime aussi fort, sachez que ce n’est pas vrai. C’est ce qu’ils disent TOUS. L’amour ne consiste pas à violenter l’autre, mais à le protéger contre toutes sortes de violences ou à se tenir à ses côtés quand elles adviennent. 

Partez, ayez ce courage là. On s’en sort, et vous valez INFINIMENT mieux que ça.

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4 réflexions sur “Les insultes et les coups.

  1. naruwan dit :

    Eh bien heureusement que c’est fini, quand on y pense… Comme tu le dis ce coup de poing lui a peut-être sauvé la vie ou/et la raison.

  2. Sophia dit :

    Je n’avais pas vu cet article, je connais cette histoire mais quand même en la relisant, ça me choque toujours et me fait mal. Je n’avais rien vu à l’époque… c’est vraiment dingue quand j’y pense. Un fou.

  3. jacbernard dit :

    Eh ben… Au début j’ai cru qu’il s’agissait d’une fiction narrée à la première personne du singulier… Heureusement, elle est tirée d’affaire. Ouf !
    PS : Mon fils séjourne actuellement à Sète chez deux copains. Si la brute reviens à la charge, tu peux m’envoyer un e-mail et je demanderai aux trois jeunes de se poser en force de dissuasion.

  4. La Chatte dit :

    Jacbernard : Désolée de répondre aussi tard, je ne passe ici que sporadiquement ces temps-ci. Merci de la proposition :). Heureusement, je crois qu’il y a prescription, depuis le temps. J’espère juste qu’il ne fait plus de mal à personne.

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