Rencontre du troisième type. Celui qui fait une thèse aussi.

Quand un thésard rencontre un autre thésard, la discussion tourne évidemment toujours autour de la thèse. La thèse pour un thésard, c’est un peu comme la pourriture du gouvernement en place dans une conversation de PMU, incontournable. Donc, quand un thésard rencontre un autre thésard, disais-je, après quelques minutes à déblatérer des banalités qui ne servent qu’à tourner autour du pot, l’un des deux finit par se jeter à l’eau :

« Et sinon, ta thèse, t’en es où? »

Note bien que, quand c’est un non thésard qui te pose cette question, tu te contentes en général de lui jeter un regard noir et de grommeler  un « Ça va, ça avance » en te renfrognant. Est-ce que toi tu lui demandes si sa calvitie repousse? Non. Bon. Mais quand c’est un compagnon de galère, c’est une libération, une excitation, le frisson de la plongée dans le grand bain après une glissée de 30 mètres sur le toboggan d’Aqualand. En fait, on n’attendait que ça. On se met à persifler dans tous les sens, à déverser notre venin et à se rouler par terre de désespoir comme une pleureuse sicilienne : problématique bancale, plan chelou, monde universitaire tout pourri, horrible thèse médiocre (contrairement à la nôtre qui va évidemment révolutionner le monde de la recherche) qui a obtenu les félicitations du jury, affreux untel qui obtenu un poste d’ATER, immondes étudiants qui rendent des copies pleines de fautes, arrachage de cheveux, questionnements existentiels, remise en question, rage, désespoir, misère et décadence de l’esclave intellectuel du système qui se saigne pour fournir un travail pour lequel il devrait être (même mal) payé.

Au final, on n’est guère plus avancé, mais ça fait du bien.

(Je vous préviens, le premier qui dit qu’un thésard est un fainéant qui n’a pas voulu s’insérer dans la vie active se prend une branlée).

Publicités

JDM.

Certains jours, on se lève en retard, crevée de bon matin, et on arrive au boulot pour trouver le bureau laissé dans un chaos indescriptible par sa collègue ultra-bordélique (le capharnaüm de son sac à main me donne la nausée, je vous jure que vous n’avez jamais vu ça), alors qu’on l’avait laissé nickel la veille.

Certains jours, on n’arrive pas à venir à bout des tâches importantes car on se fait déranger toute la journée par des élèves qui ne sont pas au courant des consignes qu’on leur a répétées et affichées partout, à croire que même dans le supérieur, ils ne savent pas lire et sont infichus de comprendre les choses les plus simples. C’est à se taper la tête contre les murs.

Certains jours, on apprend que nos étudiants ont déjà vu l’année dernière une bonne partie de la période historique qu’on est censé leur enseigner cette année. Etablir des programmes cohérents est apparemment trop compliqué. Et modifier ses cours au pied levé, çavabienmerci.

Certains jours, en rentrant chez soi, heureuse de retrouver son cocon, on aperçoit, à peine la porte poussée, son grand miroir en miettes, que le chat a fait tomber car, certainement, il s’ennuyait.

Et certains jours, tout ça arrive en même temps, et on finit de très très mauvais poil.

(Journée De Merde)