Le harcèlement de rue.

Le video de Sofie Peeters circule sur tout le web : étudiante en cinéma, la jeune femme a décidé de consacrer des travaux de fin d’étude au sexisme qui sévit dans la rue. Depuis son arrivée à Bruxelles et son installation dans un quartier défavorisé de la capital belge, elle n’a en effet cessé de se faire aborder, harceler, insulter dans la rue. Son travail a été présenté au Journal Télévisé belge et la machine s’est emballée. On en parle partout, sa video Femme de la rue sera projetée dans plusieurs festivals cet été, la Belgique s’est même émue du « recul des droits des femmes » et semble vouloir prendre le problème à bras le corps en instaurant une amende pour injure sexiste (on se demande bien comment la loi va pouvoir être appliquée, mais enfin…). Le phénomène a bien sûr atteint la France, et depuis quelques jours, le harcèlement de rue fait les choux gras des magazines féminins. Glamour sortait vendredi dernier un article « Le harcèlement de rue : et vous, ça vous arrive?« , témoignages de femmes à l’appui.

Si d’un côté je suis assez contente qu’on en parle, les bras m’en tombent quand je vois tous les journalistes ou hommes politiques s’étonner de la chose, être outrés et décréter qu’il faut que ça change, comme s’il s’agissait d’un phénomène nouveau. Vous vous rendez compte, les femmes se font harceler dans la rue? Tu parles d’une nouvelle ! Je me suis rendue à Bruxelles pour un colloque il y a quelques années, j’ai traversé ledit quartier défavorisé montré dans la vidéo, et j’ai effectivement pu me rendre compte que la Belgique concurrençait presque la France à ce niveau-là. Mais soyons clairs, depuis que je suis ado, je me fait emmerder dans la rue, on me jette en pleine face, ou plus insidieusement, une fois que je suis passée, des propos sexistes, sexuels, insultants. Je vis ce que vit n’importe quelle femme, qu’elle soit jeune, un peu moins jeune, belle, moins gâtée, en jupe courte ou en jogging, qu’elle réside en France ou en Belgique (je ne me prononcerai pas sur les autres pays européens, ne m’y étant jamais rendue seule et ne pouvant donc juger ce qu’il en est ailleurs), quartier défavorisé ou pas, d’ailleurs.

Si les femmes de la génération précédent la mienne (j’ai trente ans) semblent attester que pendant les années soixante-dix, elles se faisaient siffler dans la rue mais trouvait cela plutôt amusant car ça ne débordait pas souvent, de nos jours se faire prendre pour un bout de viande dans l’espace public est devenu monnaie courante. Je ne connais pas une seule femme à qui ce n’est pas arrivé. Je peux même vous dresser un palmarès des meilleurs phrases entendues par mes amies ou moi : un « Tu me suces? » au distributeur de billets, un « J’ai envie de te lécher la chatte » au beau milieu d’une place très fréquentée », un « huuum, belle poitrine! » sur un boulevard, des « salopes » ou « sale chienne » par centaines au feu rouge quand on se fait interpeller par des mecs en voiture et qu’on ne daigne pas répondre à leurs interpellations brutales et graveleuses, des propositions insistantes qu’on doit refuser fermement pendant cinq bonnes minutes avant qu’on nous lâche enfin la grappe. Et je ne compte par les regards muets et salaces, de ceux qui vous jaugent comme une marchandise, qu’on peut rencontrer un peu partout et tout le temps. Le harcèlement de rue, ce n’est pas franchement pas nouveau, et il serait peut-être temps, en effet, de s’y intéresser en tant que phénomène social d’envergure, parce que sincèrement, l’inconfort qu’il génère, la peur parfois, il y en a plus que marre.

Le reportage de Sofie Peeters est sur Youtube (voici la première partie ici), n’hésitez pas à le regarder. La réalisatrice, ayant constaté que les agressions dont les femmes étaient victime étaient très souvent le fait d’hommes d’origine étrangère, s’interroge (et en interroge certains) sur le pourquoi du comment, et souligne également le machisme qui sévit dans notre société occidentale où les femmes sont soi-disant les égales des hommes.

Histoire de rire un peu (ou pas), je vous laisse avec cette video d’ Osez le féminisme qui met bien en scène la bêtise crasse des « relous » qui nous hèlent dans la rue. Cependant, je trouve qu’elles y sont allées mollo, car la scène ne dit pas la violence des propos et les insultes. Nous savons toute que la réalité est parfois bien pire que ça : VieDeMeuf : Les Relous par osezlefeminisme

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