Here’s to you.

"Violence et passion", Luchino Visconti, 1974.

Je pensais bien qu’avec un titre de blog pareil j’allais attirer les adeptes de minous, caresseurs de fourrures épaisses ou autres amateurs de chattes sphinx, mais j’avoue avoir été surprise quand j’ai découvert que quelqu’un était arrivé ici en tapant la phrase suivante : "voir en video des femmes nues attacher et violamment torture electrocuter le sexe".

Avant même de sermonner cet inculte personnage et de le renvoyer étudier son bescherelle, pour le punir de n’avoir pas écouté les leçons sur l’utilisation de l’indicatif et du participe passé en CM1 (certainement pour la sotte raison que la maîtresse Madame Michette avait de la moustache), j’ai envie de demander : mais pourquoi tant de violence mon ami? A moins que tu ne sois un vétéran des Forces républicaines de Côte d’Ivoire et que tu veuilles rappeler à ta mémoire de doux moments appartenant au passé, que peux bien t’apporter le visionnage d’une dame ligotée à qui on électrocute les parties intimes?

Si c’est parce que tu as raté le dernier épisode de Koh-Lanta, sais-tu que la technologie moderne te permet à présent de revoir les émissions après leur diffusion?

Si c’est pour pratiquer avec ta petite amie, sache que ton envie de bondage va peut-être un chouilla trop loin, que les pratiques SM extrêmes sont dangereuses et qu’elle risque d’avoir un peu mal.

Si c’est pour te venger de ta belle-mère, ta voisine ou toute autre malotrue de ton entourage, je te conseille plutôt le poil à gratter subrepticement inséré dans son t-shirt : c’est autrement plus drôle (foi de Castor Junior) et cela te permettra de partager de grands moments de gaité avec tes camarades du club de planche-à-voile ou ton collègue de travail Jean-Romuald quand tu leur raconteras le bon tour que tu leur a joué.

Si c’est juste pour assouvir un fantasme visuel, je suis dans le regret de n’avoir pu accéder à ta requête, malgré le fait que mon blog soit la deuxième référence que gougueule t’ait proposée.

Les insultes et les coups.

Copyright inconnu

Copyright inconnu

J’ai appris bien plus tard qu’il était ce qu’on appelle un pervers narcissique. Les premiers signes sont apparus très vite, au bout de quelques jours, sous la forme d’une crise jalousie sans fondement, au cours de laquelle il m’a annoncé très violemment qu’il me quittait. J’étais effondrée, je l’ai supplié de ne pas partir, ai cherché à lui faire comprendre que ce n’était qu’un malentendu. Il est revenu. A partir de ce jour, nous avons vécu dans un rapport de force permanent. Sa violence morale s’est tout d’abord manifestée par des rabaissements perpétuels : je n’étais jamais assez bien, toujours trop « commune », « banale », pas assez intelligente, pourvue d’un esprit limité. Paradoxalement, ces phases de dévalorisation alternaient avec d’autres au cours desquelles il me portait aux nues : j’étais brillante, j’écrivais magnifiquement bien, je valais infiniment mieux que lui. J’aurais dû remarquer plus tôt qu’il n’avait aucune considération pour moi, ni pour quiconque d’ailleurs. Le seul qui comptait à ses yeux, c’était lui.

Les insultes sont venues très vite, doublées d’un comportement paranoïaque. Il était persuadé que je le trompais, voulait tuer tous mes ex. Il me faisait des esclandres pour un rien, ne montrait aucune empathie quand je pleurais – il prenait au contraire un malin plaisir à provoquer des crises de larme et à me torturer. Il surveillait mes moindres faits et gestes, j’avais fini par perdre toute spontanéité, à calculer tout ce que je faisais par crainte de lui déplaire, à me sentir coupable de choses que je n’avais pas faites. Je ne sais même pas pourquoi j’ai accepté de l’accompagner dans son pays d’origine, où je ne connaissais personne. J’y ai passé l’été le plus angoissant de toute ma vie. C’est là-bas qu’il m’a frappée pour la première fois, je m’en souviendrais toujours. Il m’avait, pour la nième fois, insultée, traitée de « sale » et de « pute ». A bout, je l’avais giflé. En réponse, j’ai reçu un flot d’insultes et une pluie de coups sur la nuque, six au total. Cette nuit-là, j’ai quand même dû dormir près de lui, car je n’avais pas le choix. J’aurais pu m’enfuir, mais je n’ai pas eu le courage. Et puis pour aller où ? Cet été là mon corps a lâché avant ma tête, j’ai été victime d’une grosse infection que nous avons dû faire soigner à l’hôpital. Sa première réaction a été, évidemment, de s’énerver, comme si c’était de ma faute.

Quand nous sommes rentrés, je suis restée avec lui. Aussi incroyable que ça puisse paraître, ce genre de personnes nous fait nous sentir fautive, on s’imagine mériter ce qu’on subit, parce qu’on est trop ceci, pas assez cela, on croit que c’est notre comportement qui pose problème. Peu à peu, on s’éteint, on perd toute joie de vivre, toute sérénité, toute spontanéité, mais on ne peut pas quitter. On se sent coupable à l’idée de quitter quelqu’un qui sait si bien se traîner à nos genoux après nous avoir insulté(e), on se sent petit(e), sans valeur, fragile. On s’est séparés et remis ensemble un nombre incalculable de fois, je partais mais je finissais toujours par me faire avoir et revenir. Je persistais à faire croire à mes parents que tout allait à peu près bien. J’en ai voulu après coup à pas mal de monde de n’avoir pas su ou pu me protéger contre lui, mais je sais que dans ces cas là, on est seul à pouvoir s’aider. Il aura fallu qu’il recommence à me frapper pour que je le quitte, il m’aura fallu attendre qu’il me laisse pisser le sang sur un trottoir après m’avoir cassé le nez et défoncé l’œil pour un motif imaginaire. Il m’aura fallu prendre conscience que la prochaine fois il me tuerait certainement, craindre réellement pour ma survie pour tirer un trait sur cette histoire.

J’ai porté plainte. Après de longs mois il a été condamné à payer des dommages et intérêts. Le plus ironique, c’est que j’étais revenue tant de fois qu’il ne pouvait pas croire que je partirais pour de bon. Et jusqu’au bout, il n’a pas compris le mal qu’il m’avait fait, jusqu’au bout c’est lui qui s’est érigé en victime. Bizarrement, ce coup de poing a été une délivrance. Dans mon malheur je pense que j’ai eu de la chance. Il n’est pas agréable de se faire frapper, évidemment, mais je pense sincèrement que si sa violence s’était arrêtée à la violence verbale, je ne m’en serais peut-être jamais sortie. Les coups font mal, mais ce qui détruit le plus, c’est la violence psychologique qui les précède souvent et les accompagne, car elle est insidieuse, invisible (il était si charmant en public) et détruit à petit feu. Certains hommes ou femmes s’en tiennent à cette violence verbale, mais souvent, il s’agit du premier pas vers la violence physique.

Les conseilleurs ne sont jamais les payeurs, mais si j’ai une chose à dire aujourd’hui, c’est qu’au moindre signe de maltraitance morale ou physique au sein d’un couple, il faut partir sans se retourner. On ne DOIT PAS accepter de s’éteindre, de passer ses soirées à pleurer, de ne pas être pris en considération, de calculer ses moindre faites et geste, de vivre dans la crainte de déplaire à l’autre, de s’éloigner de ses amis, d’en arriver à croire qu’on ne vaut rien, de perdre sa confiance en soi. Si vous en êtes là, ou même un peu avant, tournez les talons, sans regret, peu importe les sentiments, peu importe la passion, peu importe la bonne entente préalable, peu importe les moments d’accalmie, car vous savez bien que ce ne sont que des gouttes d’eau dans l’océan de violence, d’appréhension et de peur que vous vivez au quotidien. Ce ne sont que des trêves avant le déferlement, encore, des insultes et des coups, avant la prochaine scène où vous vous retrouverez à vous protéger le visage, à faire le dos rond, à l’entendre vous traiter de salope, peut-être même devant les enfants.

Partez. Allez chez n’importe qui, vos parents, un(e) ami(e), une tante, une association. Si vous vivez seul(e), fermez-lui votre porte à tout jamais. Faites-le avant de ne plus savoir qui vous êtes, avant de mourir à l’intérieur, avant de vous laisser détruire par un(e) con(ne) qui comble ses propres failles narcissiques en vous prenant pour un punching-ball ou des chiottes publiques. En ce qui me concerne, tout ça s’est passé il y a presque huit ans, j’ai depuis rencontré et aimé des hommes merveilleux. Si quelqu’un vous fait croire que personne à part lui/elle ne peut vous aimer, qu’il/elle est ce qui vous est arrivé de mieux, que jamais vous ne pourrez trouver quelqu’un qui vous aime aussi fort, sachez que ce n’est pas vrai. C’est ce qu’ils disent TOUS. L’amour ne consiste pas à violenter l’autre, mais à le protéger contre toutes sortes de violences ou à se tenir à ses côtés quand elles adviennent.

Partez, ayez ce courage là. Je vous assure qu’on s’en sort, et je vous assure que vous valez INFINIMENT mieux que ça.

Droit d’asile.

Je remarque qu’on ne m’a jamais apostrophée avec un délicieux "Et salope tu suces?" ou autre réjouissant "Mademoiselle tié trop charmante ! " dans des librairies. Je propose donc qu’on fasse de ces dernières les lieux saints du vingt-et-unième siècle, consacrés par le sang des martyrs de la pagano-débilitite ambiante – une fois, bien entendu, qu’on en aura retiré les hérétiques ouvrages de Musso et confrères, qui heurteraient le coeur des vertueux fidèles.

Bref, je suis devenue végétarienne.

J’ai commencé à interroger mon mode de consommation il y a quelques années déjà. Ainsi les produits cosmétiques ou ménagers industriels, que j’achetais auparavant parce que j’avais toujours été habituée à le faire et que ça me semblait normal, n’ont aujourd’hui plus leur place dans mon panier au supermarché. J’ai découvert qu’on pouvait se laver avec autre chose qu’un gel douche issu de la pétrochimie, se maquiller avec un rouge à lèvres dans lequel on ne trouvera pas de traces de plombs, nettoyer le sol de sa maison avec autre chose qu’un produit plein de cochonneries polluantes, allergisantes, voire cancérigènes. Mais pour découvrir tout ça, il m’a fallu au préalable remettre en question ma façon de penser. Je ne dis pas que je suis meilleure qu’une autre mais je sais (d’expérience, malheureusement) que certains n’arrivent jamais à ce stade là. Je crois que le point crucial de ma prise de conscience est là : faire les choses d’une manière donnée simplement parce qu’on l’a toujours faite ainsi ne signifie pas qu’il faille nécessairement persister dans cette voie. De même, ce n’est pas parce qu’un comportement semble normal et qu’il est adopté par la majorité qu’on ne doit pas le remettre en question et, surtout, qu’on ne peut s’en éloigner. Ainsi, tout ce qu’on nous offre en rayon dans les magasins n’est pas bon à être acheté, ce n’est pas parce qu’un produit existe qu’il est  sain ou éthique de le consommer.

L’un des problèmes de notre société de consommation (je ne vais rien apprendre à personne) est qu’elle est dictée par le profit, notamment celui des grands groupes. Pour engranger toujours plus d’argent, ils disposent de nombreux outils, en premier lieu le marketing et la désinformation. Les campagnes du secteur viticole qu’on voyait au début du siècle nous font à présent beaucoup rire : affirmer qu’il faut boire un litre de vin par jour pour être en bonne santé apparaît totalement farfelu aujourd’hui (l’eau à l’époque était moins saine que celle qui coule de nos robinets, certes, mais tout de même). C’est oublier un peu vite que les lobbies du lait, par exemple, nous matraquent de spots publicitaires nous incitant à consommer plusieurs produits laitiers par jour, soi-disant pour renforcer nos os. Or, il est avéré qu’un mammifère, dès lors qu’il est sevré, n’a plus besoin de lait, et ce n’est pas parce que l’homme est un homme qu’il fait exception à la règle. Est-ce qu’il nous viendrait à l’idée de boire du lait maternel une fois adulte ? (Vous êtes dégoûté à cette seule idée ? C’est bien, vous êtes sur la bonne voie !) Non. De même, le lait de vache est fait pour allaiter les veaux, et contient d’ailleurs beaucoup trop de lactose pour l’humain, qui le digère mal. Bizarrement, la majorité des gens ne semblent pas s’en douter le moins du monde. De plus si chacun prenait le temps de s’informer sur le mode de production du lait, plus personne n’en achèterait. Le mensonge éhonté de l’industrie agroalimentaire, c’est de nous faire croire que tel ou tel produit nous est indispensable. Je rappelle que ce genre de spot n’est pas réalisé par l’Organisation mondiale de la santé ni par des associations de médecins, non, ils sont commandités par des groupes industriels et financiers, qui se moquent éperdument de la santé publique et courent après les capitaux. Le pire ? On les croit. Quand ils nous disent que le lait est bon pour nous, on en consomme. Si demain le secteur de la viande était en crise, des campagnes de pubs vantant les produits carnés apparaitraient sur nos écrans, c’est certain. Pour autant ça ne risque pas d’arriver de sitôt, au vu de la consommation pantagruélique de cette denrée dans les pays riches. Pourtant la viande, de par la façon dont elle est produite, non seulement n’est pas saine (les différents scandales sanitaires du secteur, de la vache folle à la grippe aviaire ne suffisent pas à décourager la consommation de produits carnés, les bras m’en tombent), mais en plus pose un réel problème éthique, à savoir la maltraitance animale.

Ça vous fait peur? Moi aussi.

L’expression d’une compassion pour la condition animale prête souvent à sourire. Je n’ai moi-même, pendant longtemps, pas échappé à cette règle, et les combats pour la défense de la cause des animaux me semblaient quelque peu exagérés, menés par de gros hystériques qui préféraient les bêtes aux humains – que ceux qui n’ont jamais moqué l’acharnement de Brigitte Bardot me jettent la première pierre. La posture communément admise face à ce massacre organisé (car c’en est un) est de se persuader que ce n’est pas « si grave » :  une fois visionnées les images de bébés phoques (insérez ici un coeur, un kikoolol ou ce que vous voulez) ensanglantés (ah non c’est pas trop kikoolol en fait) sur la banquise (qui sur l’instant nous soulèvent pourtant le cœur), on les oublie très vite, en se persuadant qu’on ne peut de toute façon rien y faire ; de même, nous avons une vague idée, dans le fond, que l’industrie du lait et de la viande traite les bêtes comme des machines, que les conditions d’élevage et d’abattage sont atroces, mais on ferme les yeux, puisque, à la différence des phoques tués pour leur fourrures, il s’agit là d’une souffrance "utile", puisqu’elle nous permet de manger (huuum, ce bon steak fumant dans notre assiette !). Qui plus est, elle est causée à des êtres non humains, ce n’est donc pas si dramatique. Ce ne sont "que" des animaux. Surtout, disons le franchement, c’est une souffrance à laquelle nous ne sommes pas confrontés directement. La viande arrive en effet dans les rayons emballée sous vide, bien découpée, aseptisée, lavée de son sang, et voilà l’animal devenu produit, qu’on achète sans se poser de question quant à sa provenance. S’il est en rayon, après tout, c’est qu’il est fait pour être consommé, non ?

Et bien non. Je persiste : tout n’est pas bon à être acheté. Quand vous êtes face à un produit au supermarché, demandez-vous ce qeu vous achetez vraiment. Quand vous mettez dans votre caddie ce steak lamba du rayon boucherie, il y a de fortes chances que vous achetiez les choses suivantes : les 5000 litres d’eau potable qu’il a fallu utiliser pour arroser les céréales destinées à nourrir la vache ; des centaines de kilos de ces céréales cultivées au Venezuela, arrosées par des tonnes de pesticides qui ont contaminé toutes les terres alentours ainsi que la population locale (des gens très pauvres, ça va de soi) ; le trajet depuis l’Amérique du Sud et son coût en carburant (c’est le cas de nombreux produits, certes) ; les quelques années de vie de l’animal, passées en captivité dans des boxes, sans espace ni place pour bouger, gavé de médicaments pour faire baisser le stress et prévenir les maladies qui pourraient être causées par les mauvaises conditions sanitaires et la proximité avec les autres bovins ; le transport jusqu’aux abattoirs, dans des bétaillères ; la mise à mort en général par électrocution de la tête, qui sonne parfois seulement les animaux, lesquels sont ensuite suspendus par les pattes, à la chaîne, et sont parfois saignés alors qu’ils sont encore conscients (question de productivité). Si vous achetez par exemple du mouton de Nouvelle-Zélande, vous achetez aussi le transport de bêtes fatiguées qui ne produisent plus assez de laine jusqu’en Europe, sur des bateaux surpeuplés et remplis de maladies. Les bêtes malades sont jetées vivantes par-dessus bord, de nombreuses meurent sur le bateau en raison des conditions sanitaires déplorables, toutes sont affamées et assoiffées. Arrivées en Europe, on les transporte, elles aussi, jusqu’aux abattoirs. Voilà le prix d’un "bon" repas.

Certains considèrent qu’il y a des combats plus importants (sous entendu : s’occuper des humains), mais ceux qui usent de cet argument là, en général, ne s’occupent dans les faits guère de leurs semblables et refusent simplement qu’on vienne ainsi titiller leur (mauvaise ?) conscience. Je crois qu’il y a de nombreux combats d’égale importance et qu’on lutte pour ce qu’on considère (peut-être subjectivement) prioritaire. Ce qui me pose le plus grand problème, c’est que je suis convaincue que n’accorder aucun respect au vivant, le réifier ainsi, le maltraiter en toute conscience dessert l’homme et ne l’anoblit aucunement. Je pense également que la violence envers l’animal est le premier pas vers la violence envers ses semblables, car elle témoigne d’un irrespect de la vie. Au fil d’une lecture, je suis tombée sur ce texte de Marguerite Yourcenar :

Je me dis souvent que si nous n’avions pas accepté, depuis des générations, de voir étouffer les animaux dans des wagons à bestiaux, ou s’y briser les pattes comme il arrive à tant de vaches ou de chevaux, envoyés à l’abattoir dans des conditions absolument inhumaines, personne, pas même les soldats chargés de les convoyer, n’auraient supporté les wagons plombés des années 1940-1945. Si nous étions capables d’entendre le hurlement des bêtes prises à la trappe (toujours pour leurs fourrures) et se rongeant les pattes pour essayer d’échapper, nous ferions sans doute plus attention à l’immense et dérisoire détresse des prisonniers de droit commun [...] Et sous les splendides couleurs de l’automne, quand je vois sortir de sa voiture, à la lisière d’un bois pour s’épargner la peine de marcher, un individu chaudement enveloppé dans un vêtement imperméable avec une « pint » de whisky dans la poche du pantalon et une carabine à lunette pour mieux épier les animaux dont il rapportera le soir la dépouille sanglante, attachée sur son capot, je me dis que ce brave homme, peut-être bon mari, bon père ou bon fils, se prépare sans le savoir aux « Mylaï » [village vietnamien dont la population fut massacrée par un détachement américain]. En tout cas, ce n’est plus un « homo sapiens ».

Les yeux ouverts, cité par Jean Nakos dans le n° 33 (novembre 2010) des Cahiers antispécistes.

Les sociétés qui respectaient les animaux et le vivant  sont celles qui considéraient que l’univers formait un tout et que l’homme en faisait partie, au même titre que les créatures végétales et animales, et surtout que l’homme avait impérativement besoin de la nature pour survivre. Quand on tuait un animal, on lui était reconnaissant pour sa viande que l’on mangeait, sa peau dont on se vêtait, ses tendons dont on faisait des fils à coudre, ses os qui servaient à faire des armes et des outils – d’où les rituels d’excuses et les offrandes à l’esprit-animal. Au contraire, s’élever au dessus de l’animal comme s’il s’agissait d’un inférieur est pour moi la première étape vers le sentiment de toute-puissance qui permet l’infériorisation de ses "frères" (tu les vois mes gros guillemets?) humains. L’idée n’est pas de pleurer une poule égorgée comme on pleurerait son enfant, mais de manifester tout le respect possible envers des êtres sensibles qui possèdent comme vous et moi un système nerveux, ressentent la douleur, la peur, la solitude. Un animal n’est pas une machine, ni un objet, et mérite de ce fait d’être traité comme ce qu’il est : un être vivant. Je refuserais que mon chat soit élevé dans les conditions atroces dans lesquelles on élève les vaches ou les porcs et qu’il subisse le même sort, pourquoi accepterais-je qu’on fasse souffrir ces animaux là, sous prétexte qu’ils ne vivent pas sous mon toit et que l’exploitation dont il font l’objet m’est cachée (car oui, pour savoir, il faut creuser) ? Pour ma part, il y des choses que je ne veux plus cautionner. Je suis désormais passée dans le camp des végétariens et renonce donc à la consommation de chair animale, premier pas pour boycotter un secteur dont les procédés, de manière générale, sont largement contraires à mon sens de l’éthique. Les  produits animaux tels que le cuir et la laine sont issus du même système ; j’en parlerai plus tard, comme j’aborderai sans doute de nouvelles thématiques touchant au végétarisme.

Je vous laisse avec le documentaire qui a achevé de m’ouvrir les yeux (et une fois que les yeux sont ouverts, il est difficile de les refermer) : "Earthlings" de Shaun Monson. Certaines images sont anciennes, les sous-titres en français sont passables, mais globalement, voilà ce qu’il en est aujourd’hui de la condition des animaux destinés à être mangés, à nous vêtir, celle de nos "amis" domestiques et de ceux qu’on utilise pour la science.

Porque te vas.

J’ai perdu ma grand-mère le 14 mars. Elle est morte de la même maladie qui a emporté sa fille il y a quelques années, un 14 aussi. C’est son certificat de décès qui m’a appris qu’elle s’appelait Jeanine Amélina Louise, et que nous partagions le même deuxième prénom, que je pensais tenir directement de sa grand-mère à elle. C’est fou tout ce qu’on peut ignorer de nos proches. J’oubliais toujours qu’elle était née à Dieppe, mais à présent je m’en souviens car c’est là qu’elle veut qu’on disperse ses cendres – c’est interdit, mamie, de disperser les cendres des morts aux quatre vents dans la nature, mais on le fera en cachette; je veux bien aller en pèlerinage en Normandie, l’urne sur les genoux dans une voiture tape-cul, même si ça me coûte plusieurs jours de thèse.

J’ai le coeur serré de n’être pas venue te voir à l’hôpital où tu es restée plusieurs mois, au lieu de simplement te téléphoner – si peu. On est toujours égoïstement centré sur ses propres priorités, car on pense toujours qu’il y aura un lendemain, jusqu’au moment ou les lendemains n’existent plus. Le bon côté des choses, c’est que la dernière image de toi que j’ai est celle de ta video d’anniversaire, quand tu riais des blagues des tontons avec la famille autour.

Pas de mélo, même si la famille sans toi, ce ne sera plus jamais la même chose ; même si on ne dira plus "Je vais chez mamie" ; même si papi est un peu paumé maintenant au fond de ce patelin isolé que j’aime tant, entouré de terre rouge et qui sent la figue au mois d’août ; même si tout ce qui me restera de toi, ce sont tes bâtons de rouge à lèvre (tu le savais, ça, que j’ai exactement la même carnation que toi et que toutes les couleurs que tu portais me vont?), un petit bijou que maman me rapportera quand elle aura fait le tri dans tes affaires et une boucle d’oreille Napoléon III cassée que tu m’avais donnée ; même si quand j’y pense trop, j’ai l’impression que mon coeur grossit tellement dans ma poitrine que j’en ai presque du mal à respirer.

Tu sais, la petite Suzie, la fille d’une de mes amies les plus chères, est née le 22. Elle est toute brune dans son pyjama rayé, et j’espère que ne serais pas trop loin pour la voir grandir. Tu dirais surement que c’est normal de partir pour faire de la place aux suivants, et tu aurais raison. J’aurais tout de même bien aimé que tu attendes un peu avant de partir, et que tu t’en ailles de ta belle mort, au lieu de mourir dans un lit d’hôpital, les poumons noyés et le coeur trop faible. J’aurais bien aimé aussi que tu connaisses mon nouvel amoureux et que tu t’extasies parce qu’il ressemble un peu à George Clooney – tu aurais même pu faire semblant de le trouver beau, moi j’aurais fait semblant de te croire et on aurait ri dans son dos comme des "bonnes femmes" que nous sommes.

O(de) à une tricheuse.

Georges de La Tour, Le tricheur à l'as de carreau

Georges de La Tour, Le tricheur à l’as de carreau

A toi, l’étudiante qui as passé l’examen à contempler ses genoux, et qui ne les quittais des yeux que sporadiquement afin de griffonner sur sa copie,

A toi, que j’ai regardée fixement durant de longs moments et qui n’a pas rencontré une seule fois ce regard,

A toi qui sais, sans nul doute, que du haut de notre estrade, nous décelons les anormalités aussi clairement que Dieu le Père sait les péchés,

Je dis qu’il est des manières de filouter absolument sublimes,

Que certains font preuve, dans l’entreprise qui fut lors la tienne, d’une maîtrise telle, d’une discrétion si semblable à celle de la panthère noire silencieuse dissimulée dans la nuit d’un feuillage luxuriant, que les nuées même sont une demeure indigne d’eux.

Aussi, je voudrais célébrer la discrétion de ton recopiage mot pour mot des diapositives de mes cours, titres et structure inclus, aussi indiscernable que les méthodes de chasse de la caillera sauvage en milieu urbain,

Je voudrais louer l’intransigeance supérieure de ton caractère, qui t’a amenée lorsque je te demandais simplement la date d’un événement historique donné, à y ajouter le mois et le jour, refusant cependant d’en préciser l’heure et la minute, prouvant par là ta résistance farouche à la tentation.

Je voudrais accompagner d’alleluias ta brillantissime idée de répondre à une question à l’aide d’un paragraphe entier issu d’une page web, et faire résonner les clairons d’or à la gloire de ta géniale déduction qu’une reformulation de certains passages aurait constitué une entaille sans pareille à la subtilité de ton oeuvre.

En vérité je te le dis, ma béatitude due à ton divin ouvrage est par nulle autre égalée, aussi dépose-je à tes pieds la plus belle des offrandes, le plus parfait des cercles, la forme la plus pure de l’infini, afin que tes mérites soient reconnus pour les siècles des siècles.

Liberté de conscience?

Lu dans le Monde d’aujourd’hui : "Le président François Hollande a reconnu mardi 20 novembre "la liberté de conscience" aux maires qui refuseraient de célébrer des mariages entre personnes du même sexe si la loi le prévoyant était votée."

Bon. Il n’est pas encore 9h du matin et je sors complètement de mes gonds. Donc si notre bonne République décidait que tout citoyen peut s’unir civilement avec qui bon lui semble, certains maires pourraient décider, comme on peut refuser de porter les armes, d’être objecteurs de conscience et de refuser de marier ce couple.

Hum… Pardon?

On pourrait ne pas appliquer la loi en vertu de nos principes idéologiques maintenant ? En tant que propriétaire, je ne loue pas mon appartement à des musulmans car ma conscience de catholique me le dicte. En tant qu’employeur, je n’embauche que des hommes car selon mes principes idéologiques et moraux les femmes doivent rester à la maison. En tant que maire, je décide de ne pas attribuer de logement social à ce couple qui pratique l’échangisme car ils sont totalement décadents, l’amour se fait à deux, priorité à ceux qui ne dérogent pas de nos bonnes vieilles valeurs morales.

Je crois que là, François Hollande vient d’ouvrir la porte à toutes les fenêtres. Parce que la loi est applicable par tous, et sûrement pas optionnelle sous prétexte qu’on n’est pas d’accord avec elle. Certains personnes aident des clandestins par choix idéologique, et la loi ne prévoit pas la liberté de conscience pour humanisme. Certains fauchent des champs pleins d’OGM, et finissent en prison, et la loi ne prévoit pas de liberté de conscience pour protection de la santé publique et refus de faire de nous tous des cancéreux à terme. Et on voudrait autoriser un maire à ne pas marier un couple, lui reconnaître une liberté de conscience pour… pour quoi, d’ailleurs ? Pour dégoût de rapports amoureux entre personnes du même sexe ? Par horreur de la sodomie ? Parce que vivre avec une femme quand on est une femme c’est inadmissible ? Parce qu’on refuse que ce mariage offre au couple le futur droit d’adopter un enfant qui serait beaucoup mieux structuré s’il avait un papa et une maman ?

Je suis complètement hors de moi, et je me pince pour me persuader que j’ai bien lu ce que j’ai lu. (Aïe) (Ah oui, pas de doute.)

Rencontre du troisième type. Celui qui fait une thèse aussi.

Quand un thésard rencontre un autre thésard, la discussion tourne évidemment toujours autour de la thèse. La thèse pour un thésard, c’est un peu comme la pourriture du gouvernement en place dans une conversation de PMU, incontournable. Donc, quand un thésard rencontre un autre thésard, disais-je, après quelques minutes à déblatérer des banalités qui ne servent qu’à tourner autour du pot, l’un des deux finit par se jeter à l’eau :

"Et sinon, ta thèse, t’en es où?"

Note bien que, quand c’est un non thésard qui te pose cette question, tu te contentes en général de lui jeter un regard noir et de grommeler  un "Ça va, ça avance" en te renfrognant. Est-ce que toi tu lui demandes si sa calvitie repousse? Non. Bon. Mais quand c’est un compagnon de galère, c’est une libération, une excitation, le frisson de la plongée dans le grand bain après une glissée de 30 mètres sur le toboggan d’Aqualand. En fait, on n’attendait que ça. On se met à persifler dans tous les sens, à déverser notre venin et à se rouler par terre de désespoir comme une pleureuse sicilienne : problématique bancale, plan chelou, monde universitaire tout pourri, horrible thèse médiocre (contrairement à la nôtre qui va évidemment révolutionner le monde de la recherche) qui a obtenu les félicitations du jury, affreux untel qui obtenu un poste d’ATER, immondes étudiants qui rendent des copies pleines de fautes, arrachage de cheveux, questionnements existentiels, remise en question, rage, désespoir, misère et décadence de l’esclave intellectuel du système qui se saigne pour fournir un travail pour lequel il devrait être (même mal) payé.

Au final, on n’est guère plus avancé, mais ça fait du bien.

(Je vous préviens, le premier qui dit qu’un thésard est un fainéant qui n’a pas voulu s’insérer dans la vie active se prend une branlée).

JDM.

Certains jours, on se lève en retard, crevée de bon matin, et on arrive au boulot pour trouver le bureau laissé dans un chaos indescriptible par sa collègue ultra-bordélique (le capharnaüm de son sac à main me donne la nausée, je vous jure que vous n’avez jamais vu ça), alors qu’on l’avait laissé nickel la veille.

Certains jours, on n’arrive pas à venir à bout des tâches importantes car on se fait déranger toute la journée par des élèves qui ne sont pas au courant des consignes qu’on leur a répétées et affichées partout, à croire que même dans le supérieur, ils ne savent pas lire et sont infichus de comprendre les choses les plus simples. C’est à se taper la tête contre les murs.

Certains jours, on apprend que nos étudiants ont déjà vu l’année dernière une bonne partie de la période historique qu’on est censé leur enseigner cette année. Etablir des programmes cohérents est apparemment trop compliqué. Et modifier ses cours au pied levé, çavabienmerci.

Certains jours, en rentrant chez soi, heureuse de retrouver son cocon, on aperçoit, à peine la porte poussée, son grand miroir en miettes, que le chat a fait tomber car, certainement, il s’ennuyait.

Et certains jours, tout ça arrive en même temps, et on finit de très très mauvais poil.

(Journée De Merde)

Préparer un exfoliant avec les ingrédients de la cuisine.

J’ai décidé de créer sur ce blog une catégorie dédiée aux recettes naturelles et écologiques. J’essaie de diminuer, en général, ma consommation de produits chimiques et polluants, produits d’entretien et cosmétiques notamment. Cela participe de mes efforts pour lutter contre la surconsommation, la dégradation de l’environnement et, partant, de notre qualité de vie et de notre santé. Ainsi par exemple, j’utilise du henné et non des teintures capillaires chimiques, je me lave les cheveux le plus souvent possible avec des produits naturels, je privilégie le savon d’Alep plutôt que les gels douche industriels, de la même façon je nettoie mes sols à l’eau et aux huiles essentielles, je décape le calcaire avec du vinaigre. Ma salle de bain est encore pleine de produits chimiques mais j’essaie de m’en débarrasser petit à petit (parfois je craque et je rachète un produit). Au moins, quand on fabrique ses propres soins, on sait ce qu’on met dedans et on les adapte vraiment à sa nature de peaux/cheveux. Pour autant je ne suis pas une tambouilleuse professionnelle, je fais au plus simple avec des ingrédients pas vraiment recherchés qu’on peut trouver partout, par manque de temps, de budget et certainement de patience.

Aujourd’hui je vous propose une recette archi simple et ses variantes : l’exfoliant au sucre. Ça fait belle lurette que je n’achète plus aucun gommage dans le commerce : pourquoi aller dépenser de l’argent et, surtout, engraisser les laboratoires alors qu’il est tellement facile et rapide de s’en fabriquer pour presque rien?

Il vous faut donc (proportions pour une dose de gommage visage et cou):

- une petite coupelle

- une cuillère à café rase de sucre (ou un stick subtilisé dans un café !)

- deux cuillères d’huile végétale au choix, selon votre nature de peau et vos goûts. J’ai personnellement utilisé de l’huile d’abricot achetée sur aromazone. Les peaux sèches privilégieront des huiles riches, comme celle d’argan ou d’avocat, et les peaux grasses des huiles plus légères, type jojoba, ou encore mieux, de l’huile de noisette, qui est séborégulatrice. Je vous déconseille l’huile d’olive, à moins que vous ne vouliez sentir la pizza margarita ou la salade tomate-mozza !

On mélange le sucre et l’huile, et on obtient une mixture qui ressemble à ça. Simplissime, non? Avant le gommage, nettoyez-vous minutieusement le visage. Le gommage doit s’effectuer tout doucement, sans trop appuyer (on n’est pas là pour se faire un peeling), en mouvements circulaires. Une fois qu’il est terminé, rincez à l’eau tiède. L’huile va alors rester sur la peau. Le plus intéressant, pour les peaux sèches, c’est d’essuyer simplement le surplus : l’huile restante hydratera votre visage sans laisser de film brillant, vous n’aurez même pas besoin d’appliquer une crème. Si vous n’aimez pas la texture de l’huile sur la peau, nettoyez-vous le visage à l’aide d’un gel ou d’un savon type alep (dans ce cas, inutile de nettoyer votre visage avant le gommage). La recette est évidemment applicable pour le corps en multipliant les proportions.

Les variantes visage (en cas de pénurie d’huile et de sucre) :

- Le gommage yaourt nature /noix de coco râpée : comptez une cuillère de chaque, et utilisez le mélange avant que la noix de coco ne s’imprègne trop. Idéal pour les peaux sensibles, mais certainement trop léger pour les peaux grasses.

- Le gommage eau de source/semoule très fine : aucune action hydratante, mais efficace (à oublier pour les peaux sèches). Et on a dit semoule fine, pas les gros grains de couscous !

La variante corps :

- Dans une coupelle, mélangez un peu de votre gel douche habituel, ou simplement un peu d’eau, avec du marc de café, qui constitue un excellent gommant. Bon point supplémentaire : le marc de café permet de nettoyer les canalisations et prévient les mauvaises odeurs – d’où l’intérêt de ne pas le jeter à la poubelle mais de rincer le filtre dans l’évier (et cet article finit, comme de bien entendu, dans le glamour le plus total).